Deux électriques à moins de 15 000 € : Fiat dévoile sa stratégie petites voitures
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Fiat a annoncé en 2025 deux modèles électriques à prix populaire : une citadine E-Car à environ 15 000 € et une Multiplina quadricycle à moins de 10 000 €, tous deux avec incitations gouvernementales, pour reconquérir le marché européen dès 2028.
Olivier François, alors PDG de Fiat, a dévoilé en 2025 la stratégie du constructeur pour relancer ses ventes en Europe : deux petites électriques ultra-accessibles. Pour les acheteurs en quête d’une première électrique abordable, c’est une entrée de gamme inédite en Europe ; pour Fiat, dont les parts de marché reculent depuis 2022, c’est une question de survie commerciale. Mais attention : ces prix « avec incitations » masquent une réalité plus complexe, et les délais de lancement posent des questions sur la viabilité réelle du projet.

La Multiplina : un quadricycle électrique à moins de 10 000 € pour la ville
La Multiplina, ce n’est pas une Topolino en plus grand. C’est un objet à part entière : un quadricycle lourd de catégorie L7, capable d’accueillir quatre passagers, là où la Topolino se limite à deux. Une différence de taille, au sens propre comme au sens figuré.
Sauf que la catégorie L7 impose des contraintes réglementaires sévères. La masse maximale est fixée à 450 kg hors batterie. La puissance nette plafonne à 15 kW. La vitesse maximale est limitée à 90 km/h. Tenir dans ces clous tout en logeant quatre personnes et une batterie relève d’un défi d’ingénierie considérable.
Guillaume Clerc, directeur produit Fiat, ne cache pas la difficulté : « On a deux contraintes principales. La première, c’est la contrainte du respect de la masse parce qu’une catégorie L7 doit être sous les 450 kg hors batterie. » Et il ajoute, sans détour : « Si on arrive à trouver une solution technique qui la rend viable, on vise 2028. »
Ce conditionnel mérite d’être souligné. La Multiplina n’est pas un modèle confirmé au sens industriel du terme. C’est un projet sous condition technique. Fiat s’inspire pour ce véhicule de la Fiat 600 Multipla de 1956, une voiture célèbre pour son architecture ingénieuse qui permettait de faire tenir six personnes dans un gabarit minuscule. L’hommage est lisible. Mais la nostalgie ne résout pas un problème de masse à vide.
Sa vocation reste clairement urbaine. Pour les trajets domicile-travail en ville, les 90 km/h suffisent. Pour le reste, il faudra regarder ailleurs.
Parallèlement, Fiat développe un second modèle plus polyvalent : l’E-Car, une véritable citadine électrique.
L’E-Car : la vraie réponse de Fiat aux petites électriques abordables
« Pour être tout à fait honnête, c’est un lancement super important ; pour moi, c’est aussi important que la nouvelle 500 ou la nouvelle Panda. » Quand Olivier François déclarait cela en 2025, il ne faisait pas de la communication de façade. Il décrit ce que représente l’E-Car pour Fiat : un modèle de reconquête.
L’E-Car sera une citadine de 3,80 m environ. Un gabarit compact, dans la tradition des petites italiennes — soit 20 cm de moins qu’une Renault R5. Elle partagera sa plateforme avec la future Citroën 2CV électrique, dans le cadre du programme Stellantis E-Cars. La production sera assurée à l’usine de Pomigliano d’Arco, près de Naples, à partir de 2028. Un prototype était attendu fin 2026 : « Je pense qu’on peut envisager de vous montrer la voiture en fin d’année », avait déclaré Olivier François en 2025.

Le prix cible annoncé tourne autour de 15 000 € avec incitations. C’est le chiffre qui fait tourner les têtes. Et pour cause : la Renault R5 électrique est la voiture électrique la plus vendue en France en 2025. Elle a démontré qu’il existe une demande massive pour les petites électriques abordables. Stellantis, lui, a perdu des parts de marché en Europe depuis quatre ans. L’E-Car est sa réponse directe à cette hémorragie.
Contrairement à la Multiplina, l’E-Car n’est pas limitée à la ville. Elle cible une clientèle multitâches : trajets quotidiens, week-ends, routes nationales. Une vraie voiture, avec une vraie homologation M1. C’est là que se joue l’essentiel du volume commercial.
Ces deux modèles ne ciblent pas les mêmes clients, mais ensemble ils incarnent une stratégie plus large : profiter d’un avantage réglementaire européen pour rendre l’électrique vraiment accessible.
Pourquoi ces prix « avec aides » changent la donne (et ses limites)
Un point que Fiat ne met pas en avant : les 15 000 € et les moins de 10 000 € annoncés sont des prix après déduction des incitations gouvernementales. Le prix catalogue réel sera plus élevé. Combien ? Cela dépend des dispositifs en vigueur pays par pays en 2028-2029.
C’est là que la mécanique réglementaire entre en jeu. La réglementation européenne CAFE prévoit des mécanismes de bonus pour les petits véhicules électriques produits en Europe, ce qui améliore le bilan CO2 réglementaire des constructeurs. Ces dispositifs rendent économiquement viables des prix catalogue bas pour Stellantis, en compensant les marges réduites sur ces segments.
La production à Pomigliano d’Arco n’est pas un hasard. Elle ancre l’E-Car dans le cadre « Made in Europe » qui conditionne l’accès à ces avantages réglementaires. Antonio Filosa, CEO de Stellantis, l’a formulé sans ambiguïté : « Les clients souhaitent le retour de petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe, à la fois abordables et respectueux de l’environnement. »

Les deux modèles couvrent des rôles distincts. Guillaume Clerc, directeur produit Fiat, le dit explicitement : « Les deux sujets sont différents, ne sont pas les mêmes objets, ne couvrent pas les mêmes rôles et ne vont pas toucher les mêmes clients. » La Multiplina capte l’usage urbain pur. L’E-Car vise le quotidien élargi. Ensemble, ils couvrent un spectre large sans se cannibaliser.
Reste la question du timing. 2028, c’est dans trois ans. Trois ans pendant lesquels les aides gouvernementales peuvent évoluer, se réduire, ou disparaître. Trois ans pendant lesquels Fiat doit aussi résoudre le défi technique de la Multiplina. Ce n’est pas rien.
Fiat joue gros : ces deux électriques accessibles sont sa réponse à la perte de parts de marché face à Renault et Citroën, en s’appuyant sur un avantage réglementaire européen réel. Mais le succès dépendra de trois facteurs : trouver une solution technique viable pour la Multiplina, tenir les délais 2028, et surtout que les aides gouvernementales restent en place d’ici là.
En 2028-2029, l’E-Car Fiat sera-t-elle moins chère que la R5 ou la 2CV électrique Citroën — sa propre cousine de plateforme ?
