Hybrides, carburants alternatifs, 2035 : pourquoi la France et l’Allemagne ne s’entendent plus sur l’avenir du moteur
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Le 25 juin 2026 à Luxembourg, les ministres de l’Environnement européens ont exposé un désaccord fondamental : l’Allemagne exige que les véhicules aux carburants renouvelables soient enregistrés comme zéro émission après 2035, tandis que la France et six autres pays refusent catégoriquement cette dilution.
Le conflit n’est pas nouveau. En mars 2023 déjà, l’Allemagne avait bloqué au dernier moment un vote finalisé sur la fin des thermiques, obtenant une exemption pour les e-carburants un précédent que Pascal Canfin, alors président de la commission Environnement du Parlement européen, avait décrété comme un risque d’« e-fuel gate ». Ce bras de fer industriel entre deux puissances européennes redessine les normes de la mobilité et la Chine considère cette division avec un intérêt certain.
Pourquoi l’Allemagne remet en cause l’objectif 2035
La Commission européenne a posé les bases d’un compromis le 16 décembre 2025 : plutôt qu’une interdiction stricte des moteurs thermiques neufs en 2035, elle a proposé un objectif de réduction de 90 % des émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021, les 10 % restants pouvant être compensés via des e-carburants, des biocarburants ou de l’acier bas carbone. Berlin a immédiatement cherché à aller plus loin.

La diplomate allemande auprès de l’UE, Helen Winter, a formulé clairement la demande lors de la réunion de Luxembourg : que « les véhicules fonctionnant exclusivement avec des carburants renouvelables puissent être comptabilisés comme véhicules à zéro émission ». Autrement dit, un moteur thermique alimenté aux e-carburants ou biocarburants serait traité, sur le papier réglementaire, comme une voiture électrique.
Le chancelier Friedrich Merz avait posé le cadre politique de cette position dès le 9 octobre 2025 : « Il ne doit pas y avoir de coupure brutale en 2035. » Il avait ajouté vouloir « avancer avec l’électromobilité et d’autres formes de motorisations neutres pour le climat » une formulation qui ménage les constructeurs allemands. BMW, Mercedes et Volkswagen défendent les hybrides rechargeables comme solution intermédiaire pour les longs trajets et les zones sans infrastructure de recharge. Ces groupes restent plus exposés au thermique que Renault ou Stellantis, qui ont déjà repositionné leurs gammes autour de la batterie.
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La France et sa coalition : pourquoi le signal électrique ne doit pas faiblir
La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, n’a pas laissé de place à l’ambiguïté à Luxembourg : « Nous serons opposés à toute mesure qui conduirait à casser le signal d’investissements dans l’électrique. »
Sa critique des hybrides rechargeables est chiffrée : « Quant aux véhicules hybrides rechargeables, leurs émissions réelles sont trois fois et demie supérieures aux émissions réalisées aujourd’hui. » Les cycles d’homologation WLTP ne transmettent pas l’usage réel les conducteurs rechargent peu et roulent majoritairement au thermique. Comptabiliser ces véhicules comme propres reviendrait à valider une fiction statistique.

Sur les carburants alternatifs, sa position est tout aussi tranchée : « Je souhaite être très clair, les carburants alternatifs ne sont pas équivalents à l’électrique. Ces carburants ne sont pas zéro émission et coûteront très cher. »
Paris n’est pas seul. Une coalition de sept États membres France, Danemark, Espagne, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal et Suède s’est constituée pour maintenir l’objectif 2035 sans dilution. Dès octobre 2025, la France et l’Espagne avaient spécifiquement une lettre commune, révélée par Contexte, affirmant que la révision de la Commission ne devait « en aucun cas remettre en cause l’objectif de zéro émission » pour 2035 et que « l’échéance de 2035 est un repère essentiel pour le secteur automobile ».
L’incertitude réglementaire : qui gagnera ce bras de fer ?
Le précédent de mars 2023 est instructif. L’Allemagne avait bloqué un vote déjà finalisé entre le Parlement européen et le Conseil de l’UE, obtenu son exemption sur les e-carburants, et l’accord avait été réécrit en sa faveur. L’UE avait accordé une dérogation pour les véhicules exclusivement roulants aux e-carburants après 2035. Berlin sait que cette mécanique fonctionne.
La France a tiré les leçons de cet épisode. Monique Barbut a signalé que Paris est prêt à bloquer toute proposition qui fragiliserait l’objectif fixé une posture symétrique qui transforme les négociations en bras de fer à deux blocs.
Le calendrier aggrave l’incertitude. La clause de révision, initialement prévue en 2026, a été anticipée : le paquet automobile a été présenté dès le 16 décembre 2025. Mais le texte doit encore être adopté par le Parlement européen et le Conseil, laissant les constructeurs et les consommateurs sans claire visibilité sur la trajectoire réglementaire finale. Faut-il accélérer les investissements en électrique ? Maintenir une offre hybride rechargeable ? Les décisions industrielles se prennent sur des cycles de cinq à sept ans. L’absence de signal stable à un coût réel, en emplois, en capacités de production et en positionnement face aux marques chinoises qui, elles, avancent sans ambiguïté sur l’électrique.
Qui définira les normes de la mobilité européenne ?
Ce conflit n’est pas une querelle technique sur les carburants. C’est la répétition d’un schéma où Berlin utilise son poids industriel pour réécrire les règles européennes au moment où elles deviennent contraignantes pour ses champions nationaux. La France, en constituant une coalition de sept pays et en menaçant d’un droit de blocage, joue la même partition mais dans l’autre sens.
L’enjeu réel est de savoir qui définira les normes de la mobilité européenne face à la Chine. Une Europe fragmentée entre intérêts nationaux divergents offre à Pékin exactement l’espace dont ses constructeurs ont besoin pour s’imposer sur le marché continental. Chaque mois de flou réglementaire est un mois de retard sur une compétition qui, elle, n’attend pas.
Si vous envisagez d’acheter une voiture électrique ou hybride dans les 18 prochains mois, cette incertitude réglementaire pèse-t-elle sur votre décision ?
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Conclusion
Le sommet de Luxembourg consacre le divorce industriel entre la France et l’Allemagne. En refusant de céder aux exigences allemandes sur les carburants de synthèse, la coalition menée par Paris tente de sauver la transition électrique, quitte à bloquer l’appareil législatif européen. Si vous envisagez d’acheter une voiture électrique ou hybride dans les 18 prochains mois, cette incertitude réglementaire persistante entre Paris et Berlin pèse-t-elle sur votre décision d’achat, ou faites-vous confiance au marché pour imposer sa propre réalité ?
