Les États-Unis prennent une décision radicale : Polestar interdit de vente à partir de 2027
Retrouvez iTransports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités auto plus facilement
Le Département du Commerce américain a refusé à Polestar une autorisation spécifique pour continuer à vendre ses véhicules aux États-Unis à partir du millésime 2027, en vertu de la Connected Vehicle Rule qui cible les constructeurs ayant des liens suffisants avec la Chine.
Polestar, la marque automobile suédoise contrôlée par le géant chinois Geely, ne pourra plus commercialiser de nouveaux modèles aux États-Unis à partir de 2027. Cette décision affecte directement les acheteurs américains intéressés par la marque et illustre un tournant majeur dans la régulation automobile américaine. Mais au-delà de Polestar, c’est une politique bipartisane de sécurité des données qui redessine les règles du jeu automobile mondial.

Pourquoi les États-Unis interdisent Polestar : la Connected Vehicle Rule expliquée
Ce n’est ni un caprice de l’administration Trump ni une mesure improvisée dans la guerre commerciale sino-américaine. La Connected Vehicle Rule a été finalisée le 14 janvier 2025 par le Bureau of Industry and Security (BIS) du Département du Commerce américain, sous Biden, et est entrée en vigueur le 17 mars 2025. Trump l’applique. Biden l’a construite. C’est une politique bipartisane, et c’est précisément ce qui la rend durable.
Le principe est simple, mais son impact est radical. Tout constructeur automobile ayant un nexus suffisant, un lien suffisant, avec la Chine ou la Russie ne peut plus vendre de véhicules connectés aux États-Unis. Le calendrier est progressif : interdiction dès le millésime 2027 pour les logiciels embarqués, et dès le millésime 2030 pour les équipements matériels.
La justification officielle ? La cybersécurité et la souveraineté des données. Gina Raimondo, alors Secrétaire américaine au Commerce sous Biden, l’a formulé sans détour lors de la finalisation de la règle : « Les voitures ne sont plus simplement de l’acier sur roues, ce sont des ordinateurs. Elles ont des caméras, des micros, des dispositifs GPS et d’autres technologies connectées à internet. » Une voiture moderne collecte en permanence des données sur ses occupants, leur localisation, leurs habitudes. Laisser ces flux transiter par des entités sous contrôle chinois, c’est, selon Washington, un risque de sécurité nationale inacceptable.
Polestar n’est pas seule dans le viseur. Volvo, également contrôlé par Geely, est concerné. Buick et Lincoln, qui commercialisent aux États-Unis des modèles fabriqués en Chine, le sont aussi. La règle cible une structure de propriété, pas une marque. Découvrez notre article sur Polestar frappe fort : jusqu’à 13 900 € de remise sur ses voitures électriques en France.
Polestar et Geely : pourquoi l’assemblage américain ne change rien
C’est là que la règle révèle toute sa rigueur. La Polestar 3 est assemblée aux États-Unis, exactement ce que Washington réclame aux constructeurs étrangers. Dans les faits, ça ne change rien.
La Connected Vehicle Rule ne s’intéresse pas au lieu de fabrication. Elle s’intéresse au contrôle. Polestar est majoritairement détenue par Geely, conglomérat chinois. Ce lien de propriété suffit à établir le « nexus suffisant » avec la Chine. Peu importe que les voitures sortent d’une usine en Caroline du Sud : les technologies embarquées, les logiciels, les architectures électroniques restent sous influence d’une entité chinoise aux yeux du régulateur américain.

Le Département du Commerce a donc refusé à Polestar la Specific Authorization, l’autorisation spécifique, qui lui aurait permis de continuer à vendre ses nouveaux modèles après 2027. Ce mécanisme d’exemption existait pour les cas particuliers. Polestar l’a demandé. Il lui a été refusé.
Une nuance importante pour les acheteurs américains actuels : les stocks existants de Polestar 3 et Polestar 4 pourront continuer à être vendus. L’interdiction porte sur les nouveaux millésimes, pas sur les véhicules déjà importés. La fenêtre se referme, mais elle n’est pas encore fermée.
Polestar se réoriente vers l’Europe : les vraies conséquences pour la marque
Pour Polestar, perdre le marché américain n’est pas une catastrophe existentielle. Selon Polestar, l’Europe représente 80 % de ses ventes au détail. Au premier trimestre 2026, 94 % de ses volumes ont été réalisés hors des États-Unis. Le marché américain était déjà marginal dans l’équation commerciale de la marque.
La réorientation stratégique est déjà actée : Polestar produira le Polestar 7 en Europe, confirmation d’une trajectoire engagée bien avant l’interdiction américaine.
Pour les clients européens, dont les Français, cette décision américaine n’a donc aucun impact direct sur l’offre ou les prix. Polestar continuera à développer et à commercialiser ses modèles sur le Vieux Continent sans contrainte réglementaire liée à la Connected Vehicle Rule, qui est une mesure strictement américaine.
Ce qui change, en revanche, c’est la perception de la marque. Être officiellement « bannie » du premier marché automobile mondial envoie un signal. Pas nécessairement fatal, mais pas anodin non plus pour une marque qui cherche encore à asseoir sa crédibilité face à Tesla et aux constructeurs premium européens.

Cette interdiction pose un principe net : les États-Unis ne jugent plus les voitures sur leur lieu de fabrication, mais sur le contrôle de leurs technologies embarquées, un critère qui dépasse largement le cas Polestar. Pour d’autres constructeurs chinois ou sous contrôle chinois qui misaient sur l’assemblage local comme bouclier, la leçon est brutale. Pour Polestar, le coup est amorti par sa dépendance mineure au marché américain, mais la marque devra désormais assumer publiquement son identité « hors États-Unis », avec tout ce que cela implique en termes d’image mondiale.
Pékin, de son côté, a réagi par la voix de son porte-parole du ministère des Affaires étrangères Guo Jiakun, qui a exhorté les États-Unis à « cesser de généraliser à outrance le concept de sécurité nationale ». Le ton est diplomatique. La réalité, elle, est commerciale et durable.
Si vous envisagez d’acheter une Polestar aux États-Unis, la fenêtre se referme : les stocks actuels de Polestar 3 et 4 restent disponibles, mais aucun nouveau millésime ne sera commercialisé après 2027.
