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Recréer une F40 sans badge Ferrari : le projet V12 800 ch qui joue avec la loi

Par GillesMis à jour le 3 juillet 2026
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Quand la démesure mécanique d’un créateur YouTube flirte dangereusement avec les foudres juridiques de Maranello. En ce vendredi 3 juillet 2026, le monde du tuning haut de gamme a les yeux rivés sur l’atelier de Mike Burroughs, fondateur de StanceWorks.

Son dernier coup de folie ? Le projet « F40 Evolution », un monstre de piste associant des panneaux de carrosserie authentiques de la mythique Ferrari F40 à un moteur V12 de 800 chevaux issu d’une 812 Superfast. Pour contourner la redoutable cellule juridique de la marque au Cheval Cabré, le youtubeur a choisi de bannir tout logo officiel de sa création. Une stratégie du « sans badge » habile, mais qui pourrait s’avérer insuffisante face au droit du design industriel qui protège les silhouettes iconiques au-delà des simples emblèmes.

Mike Burroughs n’en est pas à son coup d’essai en matière de profanation automobile, lui qui s’était déjà mis à dos les puristes en greffant un moteur Honda turbocompressé dans une Ferrari 308. Mais en 2026, le vidéaste franchit un cap technique et légal inédit. Sa « F40 Evolution » est une réinterprétation radicale de la dernière œuvre validée par Enzo Ferrari de son vivant. En doublant presque la puissance d’origine tout en adoptant une architecture moteur radicalement différente, le projet repousse les limites de l’ingénierie artisanale… et de la propriété intellectuelle.

Un V12 800 ch sans badge : le projet F40 Evolution qui joue sur les limites

Mike Burroughs, fondateur de StanceWorks, a bâti son audience YouTube sur des projets radicaux  dont une Ferrari 308 swappée Honda. La F40 Evolution est son pari le plus ambitieux.

La base du projet repose sur des panneaux de carrosserie authentiques de F40 : capot avant, portes, toit. Ces éléments sont montés sur un châssis tubulaire entièrement fabriqué sur mesure .

Le cœur mécanique est un V12 6,5 litres F140-GA extrait d’une Ferrari 812 Superfast accidentée, affiché moins de 1 000 km au compteur. Il développe 800 ch et monte à 9 000 tr/min. La boîte de vitesses est une Holinger séquentielle à 6 rapports à dents droites, similaire à celle du Brabham BT62. L’objectif de poids annoncé : sous les 1 100 kg.

À titre de comparaison, la F40 originale embarquait un V8 biturbo de 478 ch. Ce projet lui substitue un V12 de 800 ch, soit une puissance presque doublée.

Le projet est préférentiellement baptisé « F40 Evolution » et non « Ferrari F40 ». Aucun badge Ferrari n’est apposé sur le véhicule. Burroughs l’a dit clairement : ce qui a déclenché une réaction juridique, c’est l’utilisation des emblèmes, du nom et de l’identité de marque.

Cette lecture est partielle.

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Pourquoi l’absence de badge ne suffit pas : la protection du design au-delà des emblèmes

Burroughs part d’un postulat raisonnable : sans cheval cabré, sans lettrage Ferrari, sans identité commerciale visible, le risque juridique s’effondre. Cette lecture est partielle.

Le droit des marques protège effectivement les emblèmes, les noms et les signes distinctifs. Mais le droit du design industriel opère sur un terrain différent. En Europe, la forme distinctive d’un véhicule peut être protégée par un design communautaire enregistré : silhouette, proportions, découpe des ailes, ligne de toit  agissant de tout badge.

La F40 a été produite de 1987 à 1992 (versions route), avec environ 1 311 à 1 315 exemplaires selon les sources un chiffre qui dépassa largement les 400 unités initialement prévues. C’est la dernière voiture enregistrée personnellement par Enzo Ferrari avant sa mort. Son statut patrimonial est exceptionnel. Les exemplaires en bon état s’échangent aujourd’hui entre 2,2 et 3,5 millions d’euros  un F40 de la collection Bachman a atteint 6,6 millions de dollars en janvier 2026.

Ferrari a tout intérêt à défendre cette image. Et elle l’a fait. En 1991, la cour d’appel américaine a condamné un fabricant de répliques de Daytona et Testarossa (affaire Ferrari c. Roberts) sur la base de la forme distinctive  sans badge en cause. En 2020, un tribunal brésilien a ordonné la destruction d’une réplique de F40 construite par un dentiste de São Paulo, là encore pour reproduction non autorisée d’un design protégé. L’argument central n’était pas la marque déposée, mais la forme elle-même.

La carrosserie du F40, en fibre de carbone et Kevlar, est techniquement reproductible. Juridiquement, c’est une autre affaire. Utiliser des panneaux authentiques  et non des copies  complique l’analyse : le droit de propriété sur ces pièces n’emporte pas le droit de reproduire l’œuvre dans son ensemble.

Un projet fragile malgré son ambition technique

La stratégie sans badge réduit le risque, elle ne l’élimine pas  et Burroughs le sait probablement.

Modifier une voiture pour un usage personnel ne pose pas de problème légal en soi. La frontière se déplace dès que le projet devient public, documenté et effectivement valorisé commercialement  ce que le cas brésilien a illustré concrètement. Or la F40 Evolution est diffusée sur YouTube, avec une audience internationale et une visibilité croissante.

Cette exposition publique change le calcul. Ferrari surveille activement les reproductions de ses modèles iconiques  et elle a déjà contacté Burroughs. En mars 2026, il a révélé avoir reçu un courrier d’un cabinet représentant Ferrari. Mais le courrier ne visa pas le projet F40 : il portait sur des posters et tapis de bureau vendus par StanceWorks avec le logo Ferrari visible. Ferrari a même admis dans ce courrier ne pas pouvoir empêcher Burroughs de modifier les voitures. Un projet confidentiel dans un garage privé n’attire pas les mêmes regards qu’une chaîne YouTube à 424 000 abonnés.

La distinction entre modification personnelle et présentation publique est précisément là où la zone grise juridique se réfère. Présenter un véhicule dont la silhouette reproduit fidèlement celle d’une F40  même sans un seul badge  devant un public mondial, c’est s’exposer à une action fondée non sur la marque, mais sur le design industriel protégé.

Burroughs a construit quelque chose de techniquement remarquable. Un V12 800 ch dans une coque de 1 100 kg, c’est une machine de piste sérieuse. Mais l’ambition technique ne constitue pas un bouclier juridique.

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Conclusion

Le projet F40 Evolution est techniquement ambitieux et également audacieux. La stratégie du « sans badge » réduit l’exposition sur le terrain des marques  Ferrari l’a d’ailleurs confirmé dans son courrier de mars 2026. Mais elle ne protège pas contre le droit du design industriel : deux précédents judiciaires l’ont démontré, sans qu’un seul badge soit en cause.

Si vous étiez à la place de Burroughs  800 ch, 424 000 abonnés, et un courrier de Ferrari déjà reçu  continuez-vous la construction ?

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Gilles

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