Stellantis annonce le développement de citadines électriques à 15 000 € maximum dans le cadre du programme E-Car, avec la Citroën 2CV et la Fiat Pandina comme premiers modèles lancés en 2028.
Pour l’automobiliste européen en quête d’une voiture électrique abordable, cette annonce pose une question concrète : comment Stellantis compte-t-il tenir cette promesse face à Renault et Dacia, déjà positionnés sur ce créneau ?
Comment Stellantis compte démocratiser l’électrique avec deux icônes relancées
Derrière l’acronyme E-Car se cache une ambition précise. Stellantis le définit lui-même : européen, électrique, émotionnel, respectueux de l’environnement. Quatre mots qui résument une stratégie, pas un slogan.
Antonio Filosa, Directeur général de Stellantis, pose le cadre sans détour : « L’E-Car est un concept profondément ancré dans l’ADN européen de Stellantis. Il s’appuie sur son succès historique dans le segment des petites voitures. Les clients souhaitent le retour de petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe, à la fois abordables et respectueux de l’environnement. » (Stellantis, mai 2026.)
Stellantis ne part pas de rien : la Panda, la 2CV, la C1 ont structuré la mobilité populaire européenne pendant des décennies, avec des millions d’unités vendues.

Pour la 2CV électrique, Xavier Chardon, patron de Citroën, s’appuie sur un précédent concret. « La C1 rencontrait le succès. Elle mesurait 3,40 m de long, donc elle était très compacte, mais avec cinq places. Vous aviez cinq portes, un moteur qui vous permettait d’aller sur l’autoroute, et nous pensons qu’il est important de retrouver cette logique à un prix inférieur à 15 000 €. » (Stellantis, mai 2026.) Le gabarit est donc clair : compact, pratique, accessible.
La Fiat Pandina emprunte une autre référence. Gaetano Thorel, Directeur de Fiat et Abarth en Europe, regarde vers le Japon pour définir son territoire. La kei car voiture miniaturisée, légère, contrainte en dimensions représente un tiers du marché japonais. Fiat revendique cette philosophie comme la sienne.
La 2CV originale a été produite de 1948 à 1990 42 ans de mobilité populaire. La nouvelle version ne cherche pas à reproduire l’objet, mais ce qu’il incarnait : une voiture accessible à tous.
Xavier Chardon le formule clairement : « La nouvelle 2 CV perpétuera cet esprit non pas par nostalgie, mais en réinventant sa simplicité et son accessibilité pour le monde d’aujourd’hui. » (Stellantis, mai 2026.)
Mais comment Stellantis compte-t-il produire ces deux modèles à ce prix ? La réponse passe par des choix industriels clairs et un cadre réglementaire favorable.
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Production européenne et cadre réglementaire : les leviers concrets de Stellantis
Pour atteindre 15 000 €, Stellantis s’appuie sur un site industriel qu’il maîtrise déjà. L’usine de Pomigliano d’Arco, en Italie, produit actuellement la Fiat Panda et la Pandina (Stellantis, mai 2026). C’est là que les deux modèles E-Car seront assemblés. Un choix logique : les lignes existent, les équipes sont formées, les coûts fixes sont amortis.

La production européenne n’est pas qu’un argument marketing. Elle conditionne l’accès aux aides gouvernementales dans plusieurs pays, dont la France. La Dacia Spring, produite en Chine, en est exclue. Les E-Car, fabriquées en Italie, seront éligibles.
Le cadre réglementaire joue également en faveur du projet. La Commission européenne travaille depuis 2025 sur un cadre dédié aux petites voitures électriques abordables, que Stellantis désigne sous le nom de catégorie M1E. Objectif affiché : plafonner les prix à 20 000 € et limiter la longueur à 4,20 m pour simplifier les homologations et réduire les contraintes techniques pour les constructeurs.
En parallèle, la Commission européenne a assoupli ses objectifs CO2 pour 2035 dès mars 2025 : la réduction visée passe de 100 % à 90 %, autorisant une part résiduelle de véhicules thermiques après cette date. Cela réduit la pression financière globale et libère des ressources pour investir dans les segments électriques abordables.
Gaetano Thorel résume la philosophie industrielle derrière la Pandina : « La voiture est limitée en taille, en poids et en volume. C’est un choix clair. Et maintenant, la kei car représente un tiers du marché japonais. Il serait facile de s’en inspirer. Chez Fiat, c’est notre territoire. » (Stellantis, mai 2026.)
Des partenariats technologiques avec Leapmotor sont probables pour accélérer la mise au point et comprimer les coûts de développement (sources Stellantis, mai 2026). Leapmotor, dont Stellantis détient une participation de 21 %, maîtrise les architectures électriques compactes à bas coût. Un levier potentiellement décisif pour tenir les 15 000 €.
Reste une question cruciale : comment ces deux modèles se positionneront-ils face à une concurrence déjà bien établie sur le segment low-cost électrique ?
Le pari low-cost face à Renault, Dacia et la concurrence déjà en place
Quand la 2CV et la Pandina arriveront en 2028, le marché ne les attendra pas. La concurrence sera déjà installée, avec ses prix, ses réseaux et ses clients fidélisés.
Renault frappe en premier. Le Twingo électrique arrive en 2026, affiché sous 13 000 € après déduction des aides (Renault, données de marché 2026). C’est le seuil le plus bas du segment. Produit en France, éligible au bonus écologique, il cible exactement le même acheteur que la future 2CV.
Dacia joue sur deux tableaux. La Spring est disponible à 19 320 €, mais produite en Chine ce qui l’exclut des aides françaises. Pour corriger ce handicap, Dacia préparerait un second modèle électrique pour 2027, fabriqué en Europe et affiché sous 18 000 € avant aides, qui serait éligible au bonus.
Stellantis arrive en troisième position, avec deux ans de retard sur Renault un désavantage réel sur un marché où les premières habitudes d’achat se forment vite.
La réponse de Stellantis tient à deux atouts que Renault et Dacia ne peuvent pas répliquer : la charge émotionnelle des noms 2CV et Pandina, et une fabrication italienne qui ancre ces voitures dans l’identité européenne.

La 2CV électrique sera présentée au Mondial de Paris en octobre 2026, probablement sous forme de concept-car (sources internes Stellantis, mai 2026). Ce rendez-vous est stratégique : il permettra à Citroën de générer de l’anticipation deux ans avant le lancement commercial et de tester la réaction du public face au design retenu.
Peugeot surveille également ce segment. Alain Favey, Directeur général de Peugeot, ne cache pas son intérêt : « Nous avons vendu plus d’un million de voitures sur le segment A dans un passé pas si lointain. Donc il est clair que, si cette nouvelle catégorie nous permet de produire des petites voitures rentables, il y aura évidemment une place pour Peugeot dans ce secteur. » (Stellantis, mai 2026.) Une déclaration qui confirme que le groupe mise sur ce segment à plusieurs niveaux.
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Conclusion
Stellantis mise sur l’héritage émotionnel et la fabrication italienne pour se distinguer dans un segment où le prix seul ne fait plus la différence. Avec la 2CV et la Pandina, le groupe ne cherche pas à copier Renault ou Dacia, mais à offrir une alternative ancrée dans l’histoire automobile européenne un atout que la concurrence chinoise ne possède pas. En 2028, la 2CV électrique dans la rue sera soit la preuve que l’électrique abordable est enfin là, soit la démonstration qu’un nom iconique ne suffit pas à faire une voiture populaire.

