Stellantis joue deux cartes chinoises en parallèle : Leapmotor pour la technologie et l’intégration verticale, Dongfeng pour la production locale. Cette double alliance pourrait transformer les futures Peugeot et Citroën dès 2027, à condition que les discussions en cours débouchent sur des engagements fermes.

Après dix ans de débâcle commerciale en Chine (734 000 ventes en 2014, 43 000 en 2025 (Stellantis, avril 2026), soit moins de 0,3 % de part de marché, Stellantis a décidé de miser sur une transformation technologique radicale via deux partenaires chinois stratégiques. Les prochains modèles Peugeot et Citroën pourraient embarquer des architectures et des motorisations radicalement différentes. Cet article montre comment ces deux alliances, Leapmotor et Dongfeng, forment une stratégie globale, là où la plupart des médias les traitent séparément.
Leapmotor : comment l’alliance technologique pourrait révolutionner les motorisations Peugeot et Citroën
Stellantis n’a pas simplement signé un accord commercial avec Leapmotor. Le groupe détient 21 % du capital du constructeur basé à Hangzhou et a créé une joint-venture internationale pour distribuer, et potentiellement co-développer, des véhicules hors de Chine. Des modèles Leapmotor sont déjà en concession européenne. L’intégration commerciale est amorcée, pas annoncée.
Ce qui intéresse Stellantis va bien au-delà de la distribution. Leapmotor conçoit et assemble 65 % de ses composants en interne (Tianshu Xin, patron des opérations mondiales de Leapmotor, avril 2026). C’est une intégration verticale rare dans l’automobile mondiale, Tesla a mis une décennie à atteindre ce niveau. Pour Stellantis, en pleine restructuration sous Antonio Filosa, nommé CEO en 2025, recentré sur Jeep, Ram, Peugeot et Fiat, ce niveau d’autonomie industrielle est une aubaine directe.

Concrètement, l’intégration des motorisations à prolongateur d’autonomie (range extender) développées par Leapmotor est envisagée pour les futurs modèles Stellantis. Le range extender est une technologie hybride rechargeable dans laquelle un moteur thermique génère de l’électricité sans entraîner directement les roues. Elle offre une autonomie électrique significative tout en supprimant l’angoisse de la recharge sur longue distance. Pour Peugeot et Citroën, ce serait un changement de paradigme technique majeur.
Mais cette intégration technologique ne s’arrête pas aux motorisations : Stellantis et Leapmotor discutent actuellement de quelque chose de bien plus ambitieux.
La plateforme commune : le vrai game-changer pour Peugeot et Citroën
Tianshu Xin ne ferme aucune porte. Interrogé sur la possibilité d’une base commune entre Leapmotor et les marques Stellantis, le patron des opérations mondiales de Leapmotor refuse explicitement d’exclure ce scénario (avril 2026).
Une base commune pour SUV et berlines est en discussion entre les ingénieurs des deux groupes. Si ces discussions aboutissent, Peugeot et Citroën pourraient partager un soubassement avec un constructeur dont l’intégration verticale réduit structurellement les coûts de production. L’enjeu économique est considérable : développer une plateforme automobile inédite coûte plusieurs milliards d’euros. La partager entre plusieurs marques et plusieurs marchés divise ce coût d’autant.
C’est précisément ce calcul qui rend l’hypothèse crédible, même si elle reste hypothétique. Stellantis pratique déjà le partage de plateformes en interne, la CMP pour les citadines, la STLA Medium pour les SUV compacts. Étendre ce principe à un partenaire externe chinois serait une rupture stratégique.
Il faut cependant être honnête : les dirigeants des deux groupes reconnaissent que ces discussions n’ont pas encore débouché sur des engagements formels. Ce que vous lisez ici est une direction probable, pas un programme industriel arrêté.
Pendant ce temps, Stellantis active un second levier en Chine : la production locale via Dongfeng, avec des concepts déjà présentés au Salon de Pékin 2026.
Dongfeng et les concepts 2027 : comment Peugeot et Citroën vont concrètement changer
Là, on sort du domaine des discussions. Stellantis a renouvelé son alliance industrielle avec Dongfeng pour produire une nouvelle génération de véhicules électriques Peugeot et Citroën à l’usine de Wuhan (Stellantis, Salon de Pékin, avril 2026). L’annonce a été faite publiquement. Les concepts sont visibles.
Quatre études de style ont été dévoilées à Pékin : les Peugeot Concept 6 et Concept 8, ainsi que les Citroën ELO Concept et Polygon Concept. Une gamme de production est prévue pour 2027 (Dongfeng Peugeot et Dongfeng Citroën, avril 2026).
Les Peugeot Concept 6 et Concept 8 intègrent le système Hypersquare : une direction steer-by-wire, sans colonne mécanique reliant le volant aux roues. Le lien est entièrement électronique. Ces concepts embarquent également des systèmes d’assistance à la conduite de niveau 3, le véhicule peut gérer seul certaines situations de conduite, sans intervention humaine immédiate requise. Pour des Peugeot de grande série, ce serait une première.

Alain Favey, directeur général de Peugeot, est explicite sur le rôle stratégique de ce marché : « La Chine est un moteur essentiel de notre transformation mondiale, en particulier en matière d’électrification, d’innovation et d’élévation de la marque » (Salon de Pékin, avril 2026). Il ajoute que « dans les prochaines années, la Chine devra devenir un pôle de production clé dans le plan de transformation global de Peugeot ». C’est un aveu de dépendance technologique assumée.
Stellantis ne cache pas que la stratégie des plateformes partagées reste encore largement au stade des discussions ouvertes. Mais les signaux sont clairs : les futures Peugeot et Citroën seront techniquement très différentes de celles qui circulent aujourd’hui. L’objectif affiché est ambitieux : faire de Peugeot l’une des cinq premières marques européennes d’ici 2030, avec 1,5 million d’unités annuelles et 500 000 ventes sur les marchés d’exportation (Alain Favey, avril 2026). Cette ambition repose en grande partie sur la réussite de cette transformation technologique chinoise. Pour un acheteur qui hésite entre une Peugeot ou une Citroën actuelle et la prochaine génération : 2027 est la date charnière. D’ici là, les alliances Leapmotor et Dongfeng auront, ou non, tenu leurs promesses.

