Cru mort en février, le rapprochement Honda-Nissan revient par la petite porte
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Cinq jours après avoir annoncé officiellement la fin de leur alliance en février 2025, Honda et Nissan ont discrètement relancé les discussions : les deux géants négociants désormais un partenariat technique ciblé sur les unités de contrôle électronique communes, bien moins ambitieux que la fusion envisagée, mais probable plus solide.
Le Memorandum of Understanding Honda-Nissan-Mitsubishi a été résilié le 13 février 2025 après seulement sept semaines de négociations formelles, les deux constructeurs invoquant des divergences irréconciliables sur le contrôle et les restructurations. Pour les investisseurs et observateurs du secteur automobile, cette rupture semblait entrer définitivement dans un projet stratégique majeur dans un contexte de crise existentielle pour les constructeurs japonais. Mais notre enquête révèle que la « mort » du projet était rhétorique : Honda a signalé sa disponibilité à reprendre les discussions dès le 18 février, et les deux groupes négociant aujourd’hui un format radicalement différent, plus discret mais peut-être plus viable.
La petite porte : commentaire Honda et Nissan relancent leur rapprochement en silence
La rupture du 13 février 2025 était spectaculaire sur le papier. Sept semaines de négociations formelles, un MoU tripartite impliquant Honda, Nissan et Mitsubishi, et une annonce officielle de dissolution déposée auprès de la SEC via le Form 6-K de Honda. Le marché a enregistré l’information. Les analystes ont tourné la page.

Cinq jours après la rupture officielle, le Financial Times rapportait que Honda était prêt à reprendre les discussions — sous condition que le PDG de Nissan, Makoto Uchida, démissionne. Ce délai de cinq jours entre la dissolution publique et la réouverture conditionnelle des canaux n’est pas anodin : il indique que la rupture de février était une rupture de forme, pas de fond. Honda a choisi de sortir d’une négociation devenue ingérable, pas d’abandonner l’objectif stratégique qui la motivait.
Le nouveau périmètre est radicalement différent. Exit la fusion globale, les holdings communes, les restructurations croisées. Les discussions portent désormais sur la standardisation des unités de contrôle électronique (ECU) communes, destinées aux véhicules logiciels (SDV) que les deux constructeurs pourraient commercialiser entre 2029 et 2030. Honda, Nissan et Mitsubishi sont en négociations avancées sur cette brique technologique précise un accord pourrait être annoncé dans les prochaines semaines, selon Nikkei Asia.
C’est une « petite porte », au sens littéral. Mais une petite porte qui s’ouvre sur un couloir stratégique majeur : celui des SDV, où la bataille contre les constructeurs chinois et Tesla se jouera dans les prochaines années.
Honda pilote ces négociations depuis une position de force constructive. C’est lui qui a rompu en février. C’est lui qui relance en sélectionnant le terrain et le périmètre. Cette asymétrie lui confère un avantage de négociation réel dans le nouveau format ciblé, sans jamais avoir à admettre publiquement un quelconque recul.
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Février : les vraies raisons de l’échec des négociations
Ce qui a réellement explosé en février éclaire la logique du pivot vers un partenariat technique ciblé.
Les traités avaient débuté dès août 2024, bien avant la formalisation du MoU. Pendant des mois, les équipes ont travaillé sur une architecture d’alliance globale. Ce qui a tout fait dérailler, c’est la question du contrôle.
Honda souhaitait exercer un contrôle beaucoup plus important que prévu sur Nissan, transformant essentiellement ce dernier en filiale, tandis que Nissan refusait les fermetures d’usines supplémentaires et les réductions d’effectifs plus importantes. Ce n’est pas une divergence de détail. C’est une incompatibilité de vision sur ce que signifie « s’allier ».
Nissan n’était pas en position de faiblesse totale pour autant. Le constructeur mène en parallèle son plan RE:Nissan : fermeture de 7 usines et 2 centres de conception, suppression d’environ 20 000 emplois, réduction de la capacité de production de 3,5 à 2,5 millions de véhicules par an. Nissan restructure de son propre chef. Accepter les conditions de Honda aurait signifié se soumettre à une tutelle, pas conclure une alliance.
La présence de Renault au capital de Nissan a ajouté une couche de complexité supplémentaire. Le constructeur français détient environ 36 % du capital de Nissan, mais seulement 15 % des droits de vote une asymétrie négociée lors de la refonte de l’Alliance en 2023. Une participation suffisante pour peser sur les décisions stratégiques majeures et compliquer toute prise de contrôle par Honda.
Toshihiro Mibe, PDG de Honda, a pourtant été clair sur l’urgence qui animait son groupe : « Nous allons maîtriser les moyens de contrer les nouvelles forces émergentes d’ici trois ans. Si nous n’y parvenons pas, notre activité automobile sera en difficulté. » Cette déclaration aux actionnaires n’est pas une posture. C’est un moyen de pression temporelle.
C’est précisément cette pression qui explique le pivot vers un partenariat technique ciblé. Honda ne peut pas se permettre de perdre deux ans supplémentaires dans les négociations de gouvernance.
Pourquoi Honda ne peut pas se permettre d’attendre : l’urgence des trois prochaines années
Les premières pertes nettes annuelles de l’histoire de Honda ont changé la nature des arbitrages internes. Honda a enregistré 424 milliards de yens de pertes nettes (environ 2,3 milliards d’euros, exercice fiscal 2025-2026 clos en mars 2026), une première absolue depuis son introduction en Bourse en 1957 plombé par l’abandon de trois programmes de véhicules électriques aux États-Unis et plus de 9 milliards de dollars de coûts de restructuration.

Cette perte transforme le partenariat avec Nissan d’une option stratégique en nécessité opérationnelle.
Honda a simultanément abandonné son objectif de devenir un constructeur entièrement électrique d’ici 2040. La feuille de route a été révisée vers une offensive hybride massive : 15 nouveaux modèles hybrides prévus d’ici 2030, couvrant l’ensemble des gammes mondiales. Ce pivot stratégique global rend la mutualisation des ECU avec Nissan d’autant plus cohérent : les deux constructeurs convergents vers des architectures logicielles similaires pour des véhicules qui ne seront pas 100 % électriques.
L’horizon de trois ans fixé par Mibe pour « maîtriser les moyens de contrer les nouvelles forces émergentes » constructeurs chinois en tête, Tesla en embuscade coïncide précisément avec la fenêtre de développement des SDV prévue pour 2029-2030. Ce n’est pas une coïncidence de calendrier. C’est la logique même du partenariat technique ciblé : partager les coûts de développement des communes ECU pour être prêt à temps, sans avoir à résoudre au préalable les questions de gouvernance qui ont torpillé la fusion.
Un partenariat technique sur les ECU ne nécessite pas de holding commune. Il ne nécessite pas de décision sur les fermetures d’usines. Il ne nécessite pas l’accord de Renault. C’est sa force, et c’est pourquoi il a plus de chances d’aboutir que la fusion de février.
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Conclusion
La « mort » du rapprochement Honda-Nissan en février n’était qu’un changement de tactique : Honda a échangé une fusion ambitieuse et ingérable contre un partenariat technique plus modeste mais réellement négociable. La rupture publique lui a permis de sortir d’une position intenable sans perdre la face, puis de revenir sur un terrain qu’il choisit lui-même.
Ce retournement illustre une réalité du secteur automobile en 2026 : les alliances globales sont devenues trop complexes à négocier dans les délais qu’imposent la concurrence chinoise. Les partenariats ciblés sur des briques technologiques ECU, logiciels embarqués, batteries sont désormais le modèle dominant, parce qu’ils permettent d’avancer sans résoudre d’abord les questions de pouvoir.
Si Honda et Nissan finalisent leur accord sur les ECU communes dans les prochaines semaines comme prévu, d’autres constructeurs japonais en pourraient difficilement adopter le même modèle des partenariats technologiques ciblés plutôt que des fusions ingérables ?
