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« La planification prévisible ne reviendra pas » : Bentley prépare son usine à une automobile devenue impossible à prévoir

Par Jacqueline NivelleMis à jour le 26 septembre 2026
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Bentley répond à l’imprévisibilité du marché automobile par une usine capable de changer de motorisation produite beaucoup plus vite qu’auparavant.

La marque britannique ne prévoit plus de devenir entièrement électrique dès 2030. Son nouveau principe est moins spectaculaire sur le papier, mais bien plus engageant pour son outil industriel : conserver plusieurs trajectoires ouvertes et adapter la production à la demande réelle.

Frank-Steffen Walliser, à la tête de Bentley, résume ce basculement par une formule confiée à Autocar : « la planification prévisible ne reviendra pas ». À Crewe, cette conviction redéfinit les lignes d’assemblage, les cycles de développement et le calendrier électrique de la marque.

Bentley Torcal design extérieur
@Bentley : Torcal design extérieur

Bentley abandonne les calendriers électriques gravés dans le marbre

En 2020, le plan Beyond100 dessinait une transition très ordonnée. Bentley prévoyait de supprimer les modèles purement thermiques dès 2026, puis de proposer une gamme entièrement électrique à partir de 2030.

Ce scénario a commencé à évoluer en 2024 avec Beyond100+. L’objectif d’une gamme tout électrique a alors été repoussé à 2035, tandis que Bentley promettait de lancer au moins un nouveau modèle hybride rechargeable ou électrique chaque année.

Le constructeur franchit désormais une nouvelle étape. Il ne fixe plus de date ferme pour la disparition du moteur thermique et entend maintenir plus longtemps la coexistence entre hybrides rechargeables et modèles électriques. Le ralentissement de la demande pour les grandes voitures électriques de luxe ne permet plus de construire un plan industriel sur une seule hypothèse. Découvrez notre article sur le Torcal devient la quatrième famille Bentley, et la première à abandonner totalement le moteur thermique.

« Par le passé, vous faisiez un plan sur 10 ans et vous vous y teniez. Nous livrions les voitures dans un environnement relativement stable. Ce n’est plus le cas », explique Frank-Steffen Walliser. La stratégie de Bentley repose donc sur des décisions plus courtes, révisables selon les marchés, les infrastructures de recharge et les choix des clients.

Cette prudence intervient alors que Bentley aurait livré environ 4 200 voitures au premier semestre 2026, soit une baisse proche de 13,6 % sur un an. Ces volumes restent à confirmer dans une publication financière ou commerciale officielle du constructeur.

La Dream Factory doit passer de l’hybride à l’électrique selon la demande

Ce changement de doctrine ne fonctionne que si l’usine suit. Sur son site historique de Crewe, Bentley déploie depuis 2022 le programme Dream Factory, avec un investissement total annoncé de 2,5 milliards de livres, soit environ 2,9 milliards d’euros selon la conversion avancée lors de la présentation du projet.

Une enveloppe de 350 millions de livres, donnée pour environ 408 millions d’euros, doit moderniser les bâtiments et les équipements nécessaires au premier modèle entièrement électrique de la marque. L’enjeu est de réduire la dépendance à une chaîne conçue pour une seule plateforme ou une seule motorisation.

Les carrosseries peuvent notamment être déplacées par des véhicules autoguidés plutôt que par un convoyeur fixé au sol. Chaque véhicule est positionné à la hauteur adaptée au poste de travail. Cette organisation associe une logistique automatisée à des opérations d’assemblage qui restent largement manuelles, indispensables sur des voitures produites en faibles volumes et fortement personnalisées.

Bentley Torcal design intérieur
@Bentley : Torcal design intérieur

Le premier modèle électrique, présenté sous le nom de Torcal dans les informations disponibles, doit être assemblé dans un bâtiment datant de 1938 et réaménagé pour recevoir une nouvelle ligne. Il reposerait sur la plateforme PPE du groupe Volkswagen et annoncerait jusqu’à 375 miles d’autonomie, soit environ 604 km. Le nom définitif, la valeur d’autonomie et le calendrier commercial demandent encore une confirmation directe de Bentley.

La logique dépasse ce premier véhicule. Crewe doit pouvoir accueillir les plateformes électriques et les futures évolutions hybrides sans reconstruire entièrement l’atelier à chaque changement de stratégie. Bentley pourrait ainsi augmenter la part des modèles électriques sur un marché réceptif tout en conservant davantage d’hybrides rechargeables ailleurs.

Le programme industriel concerne près de 4 000 emplois à Crewe. Cette flexibilité sert donc autant la stratégie commerciale que la continuité du site : une ligne capable d’absorber plusieurs motorisations réduit le risque lié à un ralentissement soudain d’une technologie.

Des voitures développées plus vite pour éviter les paris à dix ans

L’usine flexible ne suffit pas si chaque véhicule exige une décennie de préparation. Bentley travaille aussi sur la durée de développement de ses modèles. Le cycle actuel serait d’environ quatre ans, avec un objectif de trois ans à terme.

Une année gagnée permettrait de rapprocher les décisions techniques du lancement commercial. Pour une marque confrontée aux évolutions des batteries, des normes et des attentes régionales, cette réduction limite le risque de commercialiser une voiture conçue pour un marché qui a déjà changé.

Le constructeur ne tourne donc pas le dos à l’électrique. Il refuse désormais d’en faire l’unique scénario industriel à date fixe. Son premier modèle à batterie ouvrirait la voie, mais pourrait rester seul dans la gamme électrique jusqu’après 2030. Une déclinaison hybride rechargeable aurait été écartée pour éviter un chevauchement avec le Bentayga.

Bentley Torcal vue arrière
@Bentley : Torcal vue arrière

Cette stratégie transforme la flexibilité en avantage de production. Les motorisations, les plateformes et les volumes pourront être ajustés sans remettre en cause tout le site de Crewe. La « planification prévisible » évoquée par Frank-Steffen Walliser est remplacée par une capacité à décider plus tard, avec des données commerciales plus proches du lancement. Retrouvez aussi notre article sur Bentley renouvelle déjà sa Flying Spur : ce qui change sur la limousine de luxe britannique.

Bentley prépare ainsi son usine à une automobile devenue difficile à prévoir. Le pari n’est plus de deviner dès aujourd’hui quelle motorisation dominera dans dix ans, mais de conserver l’outil nécessaire pour suivre la demande lorsqu’elle se manifestera.

Auteur

Jacqueline Nivelle

Rédactrice à iTransports, Jacqueline suit les lancements et l'actualité des constructeurs automobiles. Elle recoupe les sources officielles avant publication pour livrer une information claire et vérifiée.

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