2035, fin des moteurs thermiques neufs : une révolution industrielle décrétée par la norme, sans que l’Europe possède le véhicule pour le trajet
Retrouvez iTransports sur GoogleAjoutez notre source pour suivre nos actualités auto plus facilement
L’Europe a décrété la fin des moteurs thermiques neufs en 2035 sans se demander si elle possédait le véhicule pour faire le trajet : c’est le constat tranché d’André Loesekrug-Pietri, qui pointe une révolution industrielle imposée par la norme et une dépendance organisée face à la Chine.
Dans une tribune publiée le 19 octobre dans Les Échos, le président et directeur scientifique de la JEDI (Joint European Disruptive Initiative), présenté comme l’ARPA européenne, ne mâche pas ses mots. « Les Européens ont commis une erreur stratégique », écrit-il.
Le raisonnement qu’il se déroule est direct : fixer une échéance sans détenir la technologie, puis laisser la dépendance s’installer. « Le résultat est là : nous avons organisé notre propre dépendance, méthodiquement », poursuit-il.
Une échéance fixée sans le véhicule pour le trajet
André Loesekrug-Pietri résume l’erreur d’une formule : les Européens ont fixé l’arrivée, 2035, fin des moteurs thermiques neufs, « sans se demander s’ils possédaient le véhicule pour le trajet ». Une révolution industrielle, selon lui, décrétée par la norme plutôt que portée par l’industrie.
Le constat peut surprendre, tant la base industrielle européenne reste massive. Le groupe Volkswagen table sur un résultat opérationnel de près de 18 milliards d’euros, pour une rentabilité opérationnelle de près de 5,6 %, selon les chiffres publiés par Volkswagen France.
Mais la puissance d’un groupe ne suffit pas à assurer la bascule technologique. Pour l’auteur, l’Europe a inversé l’ordre des choses : elle a gravé la date dans la norme avant de s’assurer qu’elle savait produire, à un coût maîtrisé, le véhicule électrique capable de tenir la promesse.
À lire aussi : Jusqu’à 10 000 € d’aides : le rabais maximal du Citroën ë-C3 Aircross dépend de votre revenu fiscal
L’électrique, d’abord une victoire chinoise
Le cœur de la démonstration tient en une phrase : « L’électrique est d’abord une victoire chinoise. » Et pour Loesekrug-Pietri, Pékin ne l’a pas choisi par conviction climatique.
Au début des années 2000, la Chine comprend qu’elle ne rattrapera jamais l’Allemagne ni le Japon sur le moteur thermique. Elle change donc de terrain : l’électrique devient le moyen de contourner un duel industriel perdu d’avance.
Résultat : pendant que l’Europe fixe des échéances, la Chine encaisse les bénéfices de la bascule. C’est la facture que l’Europe paie, résume la tribune.
Un dossier déjà rouvert à Bruxelles
La critique tombe d’autant plus à point que la question du 2035 a déjà bougé. Dès décembre 2025, l’Union européenne a renoncé au tout-électrique à cette échéance et autorisé une part limitée de voitures thermiques neuves, un recul assumé face à la pression industrielle.
Le 15 octobre 2026, Paris et Berlin ont de leur côté trouvé un compromis sur une industrie automobile « made in Europe », au prix d’un assouplissement des objectifs climatiques pour 2035. La Commission européenne a proposé de ramener l’objectif de réduction des émissions à l’échappement de 100 % à 90 %.
Un calendrier qui se réajuste, donc, quatre jours seulement avant la tribune du président de la JEDI. Ce qui ne change rien au fond de sa critique : la trajectoire a été décrétée avant d’être construite, et la facture de ce décalage se paie déjà.
À lire aussi : Permis de conduire : l’Union européenne prépare la fin du permis à vie pour 250 millions d’automobilistes
Conclusion
En qualifiant la transition électrique de « victoire chinoise organisée par les normes européennes », André Loesekrug-Pietri met en lumière le décalage entre l’ambition climatique et la souveraineté économique. Alors que les objectifs de 2035 sont progressivement assouplis pour préserver le tissu industriel du Vieux Continent, la question du leadership technologique reste posée. Selon vous, la révision des objectifs à 90 % est-elle un recul environnemental ou un sursaut de pragmatisme indispensable pour préserver l’industrie automobile européenne ?
