Après des années de course au tout-numérique, Mercedes opère un virage stratégique assumé en réintégrant des commandes physiques dans ses habitacles électriques. Trois moteurs expliquent ce changement : données clients, usage réel mesuré et pression réglementaire.

Pourquoi Mercedes abandonne le tout-tactile : les données clients parlent
L’EQS et son Hyperscreen avaient tout pour séduire. Un bandeau d’écrans de 141 cm de large, une interface digne d’un vaisseau spatial, une promesse de modernité absolue. Le problème : les clients adoraient le spectacle mais détestaient l’usage quotidien.
Mathias Geisen, CEO de Mercedes-Benz Cars, ne tourne pas autour du pot. « Lors de nos ateliers de recherche automobile, les clients sont très clairs : nous adorons les grands écrans, mais nous voulons des commandes physiques pour certaines fonctionnalités. » Le tout-tactile, il le qualifie lui-même de « bonne idée, mais ça ne fonctionne pas pour nous ».
Mercedes a rendu son système « plus analogique », ce sont ses propres mots, en s’appuyant sur des retours mesurés, pas sur une intuition de designer. Le CLA est le premier modèle à incarner cette nouvelle philosophie, décliné notamment en Shooting Brake. Il combine commandes physiques et grand écran dans une approche hybride inédite pour la marque.
Ce choix n’est pas tombé du ciel. Magnus Östberg, directeur logiciel chez Mercedes, l’explique clairement : « Ce choix s’appuie sur une analyse fine des données collectées. Depuis le lancement du CLA, premier modèle défini par logiciel de la marque, la firme dispose de retours précis sur l’usage réel des commandes. » (Auto Journal, septembre 2025)
Premier modèle « défini par logiciel » de la marque, le CLA sert de laboratoire : chaque interaction avec l’interface est enregistrée et traduite en décision produit pour les prochains modèles. Découvrez notre article sur Mercedes adopte à son tour cette technologie de volant qui fait débat.
Les régulateurs forcent la main : Euro NCAP et la Chine imposent les boutons physiques
Magnus Östberg le souligne : les données internes montrent que les conducteurs européens sont nettement plus attachés aux commandes traditionnelles que leurs homologues asiatiques (Auto Journal, septembre 2025). Mais au-delà des préférences culturelles, deux blocs réglementaires ont changé les règles du jeu de façon définitive.
En Europe, Euro NCAP a validé fin 2025 une évolution majeure de ses critères de notation, applicable dès 2026. Un véhicule ne peut plus obtenir cinq étoiles si clignotants, feux de détresse, essuie-glaces, klaxon, eCall et sélecteur de vitesse passent par un écran tactile. (Euro NCAP, 2025)
Six fonctions. Six commandes qui doivent être accessibles sans regarder l’écran.
La logique est implacable : une commande tactile exige un regard, une commande physique se manipule à l’aveugle. À 130 km/h sur autoroute, la différence se compte en mètres parcourus les yeux détournés de la route.
La Chine va encore plus loin. Sa réglementation impose des commandes physiques dédiées pour les feux de détresse, les clignotants, l’avertisseur sonore, les essuie-glaces, le désembuage, la climatisation et le sélecteur P-R-N-D. (CarNewsChina / Numerama, février 2026) C’est une liste bien plus longue que celle d’Euro NCAP.
Pour Mercedes, qui vend massivement sur ces deux marchés, l’équation est simple. Concevoir un habitacle tout-tactile, c’est désormais renoncer aux cinq étoiles en Europe et à l’homologation en Chine. Ce n’est plus un choix stratégique. C’est une contrainte industrielle.
L’industrie bascule : Audi, Volkswagen et Tesla s’adaptent aussi
Mercedes n’est pas seule dans ce mouvement. Audi, Volkswagen et Stellantis ont tous amorcé le même virage vers une approche hybride dans leurs habitacles. La convergence n’est pas fortuite : tous répondent aux mêmes signaux réglementaires et aux mêmes retours clients.
Gilles Vidal, directeur du design chez Stellantis, formule ce que beaucoup pensaient sans l’admettre : « Il faut toujours des boutons physiques avec des accès instantanés à des choses que l’on a besoin d’aller attraper à l’aveugle. »
Le cas Tesla est particulièrement révélateur. La marque qui a popularisé le grand écran central comme seule interface de bord devra adapter ses modèles produits en Chine avant le 1er juillet 2026 pour se conformer aux nouvelles réglementations sur les commandes physiques. (Numerama, février 2026) Même Tesla plie.
Chez Mercedes, le virage est assumé mais pas total. Les grands écrans restent. Mathias Geisen est clair sur ce point : l’approche est hybride. La marque conserve sa capacité à personnaliser l’habitacle au niveau matériel comme logiciel. C’est là que réside sa vraie différenciation.
Un bouton pour les fonctions critiques, un écran pour le reste : cette combinaison est la réponse que l’industrie aurait dû adopter bien plus tôt. Retrouvez aussi notre article sur la nouvelle Classe C électrique va tout changer : ce que Mercedes prépare est impressionnant.
Le retour des boutons physiques n’est pas un aveu d’échec du tout-tactile. C’est la reconnaissance que l’ergonomie et la sécurité doivent primer sur l’innovation pour l’innovation. Cette tendance redessine l’habitacle automobile des cinq prochaines années : l’époque où chaque constructeur rêvait d’éliminer les commandes physiques est bel et bien terminée.
Dans votre prochaine voiture électrique, préférerez-vous un habitacle entièrement tactile ou cette approche hybride qui mélange écrans et boutons ?


