Great Wall Motor a officiellement annoncé son retour en Europe le 20 avril 2026, quatre ans après un premier échec cuisant.
Pour les automobilistes européens, cela signifie l’arrivée de nouveaux SUV et berlines chinoises à des prix compétitifs, mais aussi une bataille commerciale qui s’intensifie.
Pourquoi Great Wall Motor a échoué la première fois en Europe
GWM n’est pas un inconnu. Le groupe est le plus grand constructeur de SUV en Chine, avec quatre marques distinctes : Haval, Ora, Wey et Tank. Cette puissance industrielle ne l’a pas protégé d’un revers sévère sur le Vieux Continent.

Entre 2021 et 2022, GWM débarque en Europe avec un pari tranché : miser exclusivement sur l’électrique via Ora et sur le hybride rechargeable via Wey. Le groupe est présent au salon de Munich 2021, puis au Mondial de Paris 2022. Le marché européen n’était pas prêt à adopter une marque chinoise inconnue positionnée exclusivement sur l’électrique.
L’Ora 03 avait pourtant bien démarré, avec plus de 6 200 exemplaires vendus en 2023 en Allemagne et au Royaume-Uni. Mais le modèle suivant, l’Ora 07, n’a enregistré qu’une centaine d’immatriculations. L’élan s’est brisé net.
GWM s’était d’abord développée en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède, avant de freiner puis de se replier vers des marchés périphériques : Bulgarie, Islande, pays baltes. Un recul géographique qui dit tout sur l’état réel des ventes.
Les chiffres sont sans appel. Les ventes européennes ont chuté de 25,4 % en 2024, puis de près de 30 % en 2025, pour tomber autour de 3 500 unités.
La fragmentation des marques a aussi brouillé la lisibilité. Haval, Ora, Wey, Tank : l’acheteur européen ne savait pas à qui il avait affaire. Là où Toyota capitalise sur une marque unique, GWM dispersait son message sur quatre identités sans cohérence perçue.
Face à ce désastre commercial, GWM a complètement refondu sa stratégie. Voici ce qui change concrètement avec les 10 nouveaux modèles.
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Les 10 nouveaux modèles : une stratégie enfin adaptée au marché européen
GWM lance au moins 10 nouveaux modèles en 2026, couvrant trois types de motorisation : électrique, hybride et thermique. Fini le pari exclusif sur le tout-électrique qui avait précipité le premier échec.
Parmi les modèles figurent l’Ora 5, un SUV de 4,45 m, le Jolion Max, le H7 et le Tank 300. Ces véhicules couvrent des segments différents, du SUV urbain compact au 4×4 tout-terrain.
La marque Haval, jusqu’ici absente des marchés occidentaux majeurs, devrait faire ses premières apparitions en Allemagne. L’Allemagne reste le marché automobile de référence en Europe : s’y implanter avec Haval, c’est viser le segment le plus exigeant du continent.
Parker Shi, président des activités internationales de GWM, assume l’ambition sans détour : « Nous ne voulons pas être perdants sur aucun marché au monde. Nous reviendrons avec le produit adéquat. »
La structure commerciale change également. GWM crée des filiales propres en Espagne et en Italie, confiées à d’anciens cadres du secteur automobile local. Exit la distribution externalisée à des importateurs : GWM ancre ses opérations avec des équipes locales.
L’expansion géographique suit la même logique. GWM vise une présence dans 13 marchés européens à court terme, contre 9 actuellement. L’Espagne et l’Italie, deux marchés à fort volume, entrent dans le périmètre.
Mais cette détermination affichée se heurte à des obstacles réels : une concurrence chinoise déjà bien installée, des surtaxes douanières, et le scepticisme des analystes.
Peut-on vraiment croire au retour de Great Wall Motor en Europe ?
« Il y a déjà trop de constructeurs automobiles chinois en Europe. Ils auront du mal à se différencier. » Felipe Munoz, analyste automobile, pose le problème sans ménagement. BYD, MG et Chery ont pris de l’avance, avec des réseaux et des clients déjà acquis.
Le Tank 300 illustre bien la limite de l’exercice. Ce grand SUV tout-terrain, pensé pour les marchés où les routes non goudronnées sont une réalité quotidienne, est peu adapté aux usages européens. Munoz le signale explicitement : proposer un tel modèle en Europe centrale ou en Espagne, c’est viser une niche étroite, pas un volume commercial.
Les surtaxes douanières européennes sur les véhicules électriques chinois compliquent encore l’équation. Elles peuvent atteindre plusieurs dizaines de points de pourcentage selon le constructeur, rendant les prix moins compétitifs que prévu. GWM n’a pas encore communiqué de tarifs officiels pour ses nouveaux modèles en Europe.
La réponse de GWM à ce problème : produire localement. Le groupe prévoit une usine en Europe centrale ou du Sud, capable de produire 300 000 véhicules par an à l’horizon 2029. La Hongrie et l’Espagne sont citées comme sites potentiels.
L’objectif global est d’atteindre 1 million de ventes à l’export d’ici la fin de la décennie. L’Europe n’en est qu’une partie, mais une partie symboliquement importante : réussir sur ce marché, c’est valider la crédibilité internationale du groupe.

Quel argument décisif pousse un acheteur espagnol ou allemand à choisir un Haval plutôt qu’un BYD Atto 3 ou un MG ZS ? GWM n’a pas encore répondu à cette question.

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Conclusion
GWM revient avec une stratégie plus réaliste, mais le marché européen est devenu un champ de bataille où les marques chinoises se cannibalisent. L’enjeu n’est pas de savoir si GWM survivra, mais si elle trouvera un argument décisif face à BYD, MG et Chery, déjà installés.
Seriez-vous prêt à acheter un SUV Great Wall Motor si le prix et la qualité rivalisaient avec les marques établies ?

