Acculée à 2,8 % de part de marché en Europe après l’abandon de la Fiesta, de la Focus et de la Mondeo, Ford joue sa survie sur le continent avec cinq modèles inédits, tous construits sur des plateformes empruntées à Renault, Volkswagen ou Jiangling. Ford assume publiquement ce choix : toute la reconquête repose sur des plateformes externes, une transparence industrielle rare dans le secteur.

Deux citadines électriques et un SUV : Ford mise sur les partenariats pour revenir
La pièce maîtresse de l’offensive, c’est l’alliance avec Renault. Ford développe deux modèles électriques urbains sur la plateforme AmpR Small de Renault, produits sur les sites de Douai et Maubeuge. Ford sous-traite l’architecture et concentre ses ressources sur le design et l’identité de marque.
Le nom Fiesta pourrait revenir pour l’une de ces citadines électriques. Ford ne l’a pas confirmé officiellement, mais l’hypothèse circule avec insistance dans la presse spécialisée. Ce serait un signal direct aux acheteurs européens qui n’ont pas oublié l’arrêt de la Fiesta en juillet 2023.
Le troisième modèle est un SUV compact inspiré du Bronco américain, produit à l’usine Ford de Valence, en Espagne, à partir de 2028. Trois motorisations disponibles : hybride, hybride rechargeable et électrique à prolongateur d’autonomie. La plateforme MEB de Volkswagen sert de base, déjà utilisée pour les Ford Explorer et Capri électriques.
Jim Baumbick, Président de Ford Europe, assume pleinement cette logique d’alliance : « Ces alliances font gagner du temps, réduisent les coûts, et permettent d’atteindre une taille critique face aux géants chinois » . L’ensemble de ces modèles doit être commercialisé d’ici fin 2029.
Ranger Super Duty et Transit City : Ford cible les professionnels et les usages extrêmes
L’offensive dépasse le segment urbain : Ford cible aussi les professionnels et les environnements extrêmes.
Le Ranger Super Duty est une version extrême du pick-up déjà best-seller de son segment depuis 11 ans en Europe. Surélevé de 8 cm par rapport au Ranger standard, il affiche 1 982 kg de charge utile et 4,5 tonnes de capacité de remorquage. Il vise des marchés très spécifiques, armée, mines, secours en montagne, là où les pick-ups conventionnels atteignent leurs limites.
Jim Baumbick résume l’ambition : « Nous construisons des véhicules au caractère fort, capables de susciter l’envie plutôt que de simples voitures qui feraient de la figuration. » Le Ranger Super Duty en est l’illustration la plus directe.
Le cinquième modèle est le Transit City électrique, dérivé du JMCG Touring EV du constructeur chinois Jiangling, troisième partenaire industriel de Ford en Europe. Ses caractéristiques : 150 ch, batterie LFP de 56 kWh, autonomie WLTP de 254 km. L’autonomie réelle en usage urbain chargé sera inférieure, comme pour tout utilitaire électrique de cette catégorie.
Ford peut-il vraiment revenir ? Les zones d’ombre de l’offensive
La question mérite d’être posée sans détour. Ford ne représentait que 2,8 % du marché européen au premier trimestre 2026, avec un peu plus de 100 000 immatriculations. C’est le résultat de choix assumés mais douloureux : retrait de la Fiesta, de la Focus et de la Mondeo, fermeture de l’usine de Saarlouis en Allemagne. La marque a abandonné les segments de volume en Europe et paie cette décision au prix fort.
Face aux marques chinoises, Ford joue la carte de l’identité sportive. La marque revendique 94 victoires en championnat du monde des rallyes et quatre titres constructeurs. Cet héritage est réel. Mais il ne suffit pas à vendre des citadines électriques à des acheteurs qui comparent des fiches techniques et des prix.
C’est là que les zones d’ombre apparaissent. Ford n’a pas communiqué de prix compétitifs pour ses nouveaux modèles. Le calendrier exact de commercialisation reste flou au-delà de l’échéance générale de fin 2029. Les volumes visés par marché ne sont pas annoncés. Ces silences ne sont pas anodins.

Jim Baumbick affirme : « Nous ne construisons pas des véhicules pour répondre à des mandats réglementaires ; nous les construisons pour les utilisateurs » . C’est une posture séduisante. Mais les acheteurs européens regardent aussi le prix de recharge, la disponibilité du réseau de service après-vente et la valeur résiduelle à la revente, trois domaines où Ford doit encore faire ses preuves sur les véhicules électrifiés.
Ford joue son va-tout en Europe : cinq modèles sur des plateformes externes, un héritage sportif à réactiver, et une course contre la montre face aux constructeurs chinois. Le succès dépendra moins de la qualité des véhicules que de la capacité de Ford à reconquérir la confiance des acheteurs européens, une confiance perdue en abandonnant ses modèles phares.
Parmi ces cinq modèles, lequel vous ferait reconsidérer Ford, ou la marque a-t-elle définitivement perdu sa place dans votre garage ?

