Le Leapmotor B05 (2026) : le coup de poignard interne qui menace l’Opel Astra et la Peugeot 308 ?

Le Leapmotor B05 (2026) : le coup de poignard interne qui menace l’Opel Astra et la Peugeot 308 ?
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Stellantis vient de créer un paradoxe stratégique en lançant le Leapmotor B05 à 26 900 € : une berline électrique chinoise qui surpasse ses propres modèles européens, Opel Astra Electric, Peugeot 308 Electric, en prix et en performances, menaçant directement les ventes de ses usines du Vieux Continent.

Depuis juin 2026, le Leapmotor B05 est commercialisé en Europe via le réseau Stellantis, créant une concurrence interne inédite au sein du groupe. Pour l’acheteur de berline compacte électrique, la question est simple : pourquoi payer plus cher une Astra ou une 308 quand Stellantis lui-même propose mieux à moins cher ? Cet article démontre, chiffres à l’appui, comment Stellantis distribue un concurrent direct de ses propres modèles phares.

Leapmotor B05 vue de face
@Stellantis : Leapmotor B05 vue de face

Le Leapmotor B05 attaque frontalement l’Astra et la 308 Electric : le choc des prix

Le Leapmotor B05 entre en Europe avec deux versions catalogue. La version Pro à 26 900 € et la version Pro Max à 30 900 €. Ces tarifs ne cherchent pas un créneau laissé vacant. Ils visent le cœur du segment C électrique, terrain de l’Astra Electric et de la 308 Electric.

La version Pro embarque une batterie de 56 kWh pour 401 km d’autonomie WLTP. La Pro Max monte à 67,1 kWh pour 482 km WLTP. Les deux versions partagent le même moteur synchrone à aimants permanents de 160 kW, soit 218 ch, avec un 0-100 km/h annoncé en 6,7 secondes.

La consommation WLTP est affichée à 15,9 kWh/100 km, avec un coefficient aérodynamique Cx de 0,26. Pour une berline de 4,43 m, dans les gabarits du segment compact, ces chiffres sont structurellement compétitifs. Pas seulement face aux modèles chinois. Face aux modèles Stellantis eux-mêmes.

Le B05 repose sur la plateforme Leap 3.5, développée en Chine. Cette plateforme permet des coûts de production structurellement inférieurs à ceux des usines européennes du groupe. Ce différentiel de coûts rend l’agressivité tarifaire du B05 impossible à répliquer par les marques maison sans sacrifier leurs marges.

Pourquoi Stellantis ne peut pas riposter : le piège de la plateforme chinoise

Il y a deux ans et demi, en novembre 2023, Stellantis et Leapmotor ont créé une coentreprise baptisée Leapmotor International. L’objectif déclaré : distribuer les modèles Leapmotor en Europe via le réseau existant du groupe, concessionnaires Opel, Peugeot, Citroën, Fiat. Une décision qui semblait logique sur le papier : capter le segment électrique d’entrée de gamme sans investir dans une nouvelle infrastructure commerciale.

La logique initiale : capter le segment électrique d’entrée de gamme sans cannibaliser les marques du groupe. Le B05 brise cette logique, il n’est pas un produit d’appel, il est directement compétitif face aux modèles phares.

Leapmotor B05 design intérieur
@Stellantis : Leapmotor B05 design intérieur

L’Astra Electric et la 308 Electric sont fabriquées en Europe. Leurs coûts de production intègrent des charges salariales et industrielles sans commune mesure avec celles d’une usine chinoise tournant sur la plateforme Leap 3.5. Stellantis ne peut pas baisser les prix de ses berlines européennes sans détruire ses marges sur ces modèles. C’est le piège.

La charge DC maximale du B05 atteint 140 kW sur la version 56 kWh et 168 kW sur la version 67,1 kWh, avec un chargeur embarqué AC de 11 kW. Des capacités de recharge qui n’ont rien à envier aux standards européens du segment. Le concessionnaire Opel ou Peugeot qui reçoit un client hésitant n’a aucun argument technique à opposer au B05. Il vend les deux. Il comparera.

Le vrai risque : la cannibalisation qui menace les usines européennes de Stellantis

Le B05 s’inscrit dans une gamme Leapmotor déjà présente en Europe avec le T03, le C10 et le SUV B10. Ce n’est plus un test. C’est une stratégie de montée en volume assumée sur le Vieux Continent. Chaque modèle supplémentaire élargit la surface d’attaque sur le catalogue Stellantis.

La question des volumes est centrale. Chaque B05 vendu via un concessionnaire Opel ou Peugeot est potentiellement une Astra Electric ou une 308 Electric qui ne sort pas d’usine européenne. Les sites de production du groupe sur le continent, Rüsselsheim, Mulhouse, ne fabriquent pas le B05. Ils subissent sa concurrence sans en tirer profit industriellement.

La crédibilité des marques est l’autre variable. Opel et Peugeot ont construit leur identité sur des décennies de présence européenne, de service réseau, de valeur résiduelle. Voir leur propre réseau proposer un concurrent plus performant à prix inférieur érode ce capital de marque. Pas brutalement. Progressivement. C’est souvent plus dangereux.

Leapmotor B05 vue arrière
@Stellantis : Leapmotor B05 vue arrière

La cohérence stratégique de Stellantis mérite d’être questionnée frontalement. Le groupe a besoin de volumes électriques pour respecter ses obligations réglementaires en matière d’émissions. Le B05 y contribue. Mais à quel prix industriel pour ses usines de Rüsselsheim ou de Mulhouse ? La réponse n’est pas dans les communiqués de presse du groupe.

Stellantis se retrouve dans une situation où ses concessionnaires vendent un produit plus attractif que celui de leurs marques historiques, en volume électrique, c’est un gain ; en cohérence industrielle, c’est un pari risqué. À court terme, le groupe progresse sur ses objectifs d’émissions ; à moyen terme, ses usines européennes perdent des commandes et ses marques Opel et Peugeot perdent en crédibilité face à un concurrent distribué par leurs propres réseaux.

Chez un concessionnaire Opel ou Peugeot aujourd’hui, la question s’impose d’elle-même : demandez le prix du B05 avant de signer pour l’Astra ou la 308.

Jacqueline