Ford prépare son retour offensif en Europe avec cinq nouveaux modèles lancés entre 2028 et 2029, dont un Bronco européen, une Fiesta électrique et deux crossovers développés avec Geely. Après avoir quitté les segments B et C en arrêtant la Fiesta et le Focus, Ford a perdu 13,7 % de ses ventes en Europe en 2024.
Pour les passionnés et les acheteurs potentiels, cette stratégie de retour révèle comment Ford compte reconquérir le marché européen avec des alliances inédites. Cet article compile l’ensemble des cinq modèles, leurs plateformes respectives, les partenaires industriels et les dates précises de lancement.

Le Bronco européen : Ford mise sur son héritage pour conquérir Valencia
Jim Baumbick, directeur des véhicules de tourisme Ford Europe, ne mâche pas ses mots : « We don’t just want to compete. We’re here to play to win. »
Le premier acte de cette reconquête a un nom : Bronco. Un Bronco européen, produit à Valencia (Espagne) à partir de 2028, sur la plateforme C2. Baumbick l’a confirmé en 2026 : ce modèle sera dimensionné spécifiquement pour le marché européen et conçu pour générer du volume. Pas un modèle de niche. Un cheval de bataille.
Ce choix marque une rupture de doctrine : Ford abandonne le développement 100 % interne. La plateforme C2 est partagée, moins de coûts, exécution plus rapide.
Le Bronco porte aussi une charge symbolique forte. Son ADN tout-terrain, son histoire américaine, sa silhouette reconnaissable : Ford parie que l’émotion vend encore. Surtout face à des constructeurs chinois qui, eux, jouent uniquement sur le prix.
Valencia est au cœur de cette réorganisation : Ford y négocie aussi une cession partielle à Geely pour financer la transition.
Fiesta électrique et crossovers Geely : comment Ford accélère avec ses alliés
La Fiesta est morte en 2023. Elle s’est pourtant encore écoulée à près de 72 000 exemplaires cette année-là (Turbo.fr, 2025), malgré l’arrêt de production en cours d’année. Ce chiffre dit tout : le marché n’avait pas abandonné la Fiesta. C’est Ford qui avait abandonné le marché.
Selon une révélation exclusive d’Autocar (2026), une Fiesta électrique successeur est en préparation. Elle sera produite non pas par Ford, mais par Renault, sur la plateforme RGMP Small. Lancement annoncé pour 2028. Confier l’un de ses modèles les plus emblématiques à un concurrent direct est un choix radical, mais c’est la logique des alliances modernes : partager les coûts sur un segment où les marges sont minces.
Deux autres modèles complètent ce tableau. Des sources Ford (2026) annoncent deux crossovers qualifiés de « rally-bred », à l’ADN sportif affirmé, développés en partenariat avec Geely, avant la fin 2029. Le constructeur chinois, déjà actionnaire de Volvo et de Lotus, apporte ici sa capacité industrielle et sa maîtrise des coûts de production.
En parallèle, Ford négocie avec Geely pour céder une partie de son usine de Valencia. Cette cession partielle permettrait de financer la transition tout en maintenant une présence industrielle en Espagne. Ford garde le pied dans l’usine, mais partage son outil de production avec un partenaire qui est aussi, sur d’autres marchés, un concurrent.
Segments B et C : pourquoi Ford joue son avenir sur ces 80 % du marché européen
Les segments B et C représentent environ 80 % des ventes automobiles en Europe. Ford en était absent sur les modèles neufs depuis l’arrêt de la Fiesta et du Focus, autrement dit, la marque avait tourné le dos aux quatre cinquièmes du marché.
Les cinq nouveaux modèles annoncés mesurent entre 4,0 m et 4,65 m de long. Ils couvrent précisément ces deux segments : un ciblage chirurgical des zones de volume maximal.
Le Puma actuel, lancé en 2019, est officiellement « up for renewal » selon Christian Weingärtner, responsable de Ford Europe. Son successeur s’inscrit dans ce plan de cinq modèles. Le Puma a été l’un des rares succès de Ford en Europe ces dernières années : son renouvellement est une priorité.
Face aux constructeurs chinois qui dominent ces segments par les prix, Ford joue une autre carte. Weingärtner l’exprime clairement : « If the only reason to buy a car is price, then heritage matters not at all — but there are more reasons to buy a car, and this emotional connection people have with Ford matters. » L’héritage comme différenciateur. Le lien émotionnel comme argument de vente.

Ford ne cherche pas à battre les Chinois sur leur terrain. Elle cherche à occuper un terrain qu’ils ne peuvent pas acheter : plus de 100 ans de présence en Europe, des noms qui résonnent dans la mémoire collective, un ADN dynamique incarné par des modèles comme la Fiesta ST ou le Puma ST.
Ford ne revient pas en Europe pour survivre, mais pour reprendre les segments où il a longtemps régné. Comme le résume Weingärtner : « We need to combine the heritage with the future. If you look at the market today, what sets us apart is that we’ve been here for more than 100 years. »
Quand la Fiesta électrique arrivera en 2028, serez-vous tenté de revenir à Ford, ou les constructeurs chinois auront-ils déjà conquis votre budget automobile ?

