Vous laissez votre clé dans votre poche ? Cette technologie équipe presque toutes les voitures… et fait le bonheur des voleurs
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Vous avez laissé votre clé dans votre poche ou sur votre table de nuit : c’est suffisant pour que votre voiture soit volée en quelques minutes, même si elle est fermée à clé et garée devant chez vous.
Cette menace concerne tous les propriétaires de voitures récentes équipées du système keyless, et elle s’aggrave : les outils pour exploiter cette faille sont accessibles en ligne à partir de quelques dizaines d’euros pour les versions basiques, et jusqu’à 25 000 euros pour les équipements professionnels utilisés par les réseaux criminels organisés (BBC, novembre 2025). Découvrez comment fonctionne exactement cette attaque, pourquoi les constructeurs ne l’ont jamais corrigée malgré 15 ans d’avertissements, et surtout : comment protéger votre véhicule dès aujourd’hui.
Comment les voleurs contournent votre clé sans contact en 2 minutes
Votre clé keyless ne fonctionne pas comme une télécommande classique. Elle émet en permanence un signal radio à courte portée. Deux antennes distinctes gèrent le processus : une pour le déverrouillage des portes, une pour l’autorisation du démarrage. Tant que la clé est détectée à proximité, la voiture s’ouvre et démarre.
C’est précisément cette logique de proximité que les voleurs exploitent.
La technique s’appelle la relay Attack , ou attaque par relais. Elle ne nécessite ni crochetage, ni effraction, ni électronique avancée : deux personnes, deux boîtiers achetés en ligne.
Le premier complice se poste près de votre domicile, à quelques mètres de votre porte d’entrée. Son récepteur capte le signal de votre clé, même à travers les murs, même pendant votre sommeil. Le deuxième complice se tient près de votre voiture garée dans la rue. Son boîtier reçoit le signal amplifié et le retransmet à la voiture. Le véhicule croit que vous êtes là, avec votre clé. Il s’ouvre. Il démarre.
Selon un ingénieur automobile ayant documenté cette vulnérabilité, « ce récepteur va prolonger de plus de 100 mètres le signal radio d’ouverture et de démarrage de la voiture ». Cent mètres : la distance entre votre chambre et votre voiture garée au bout de la rue.
Cette faille n’est pas nouvelle. En 2011, des chercheurs de l’ETH Zurich ont démontré des attaques par relais sur 10 véhicules de 8 constructeurs différents. Tous étaient vulnérables. L’équipement nécessaire coûtait entre 100 et 1 000 dollars (ETH Zurich / MIT Technology Review, 2011). En 2016, l’ADAC, le club automobile allemand, a confirmé qu’un amplificateur de signal à 190 euros suffisait pour déverrouiller et démarrer des véhicules à distance, sans laisser la moindre trace (ADAC/Sophos, 2016).
Il existe une variante encore plus sophistiquée : la RollJam Attack , démontrée publiquement dès 2015. Le principe : le voleur brouille le signal de votre clé au moment où vous appuyez dessus, capturez le code émis, puis le rejoue plus tard. Même les systèmes à codes tournants censés être plus sûrs peuvent être compromis par cette méthode (Clubic, 2025).
Les voitures dotées d’un système mains libres sont, selon les ingénieurs qui ont étudié la question, « beaucoup plus faciles à voler que celles munies d’une clé télécommande à classique ».
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Pourquoi les constructeurs n’ont jamais corrigé cette faille connue depuis 2011
La faille est documentée depuis 15 ans. Les constructeurs en ont été informés. Aucune correction structurelle n’a été déployée à grande échelle sur les véhicules en circulation. C’est seulement en 2025 que la Commission européenne a initié une révision des exigences Euro NCAP : à partir de 2026, l’attribution des étoiles de sécurité tiendra compte des protections contre les attaques relais. La question n’est plus technique : elle est industrielle et juridique.
Le keyless est un argument de vente. Corriger la faille à la racine en imposant une vérification de distance précise entre la clé et le véhicule aurait entraîné des coûts de développement et, surtout, une reconnaissance publique du problème.
D’abord, le vol lui-même : silencieux, sans effraction, en moins de deux minutes. Des réseaux criminels organisés clonent ensuite le numéro de série des véhicules volés pour les blanchir et les revendre, rendant toute récupération quasi impossible (Radio-Canada, 2025).
Ensuite, l’absence de recours assureiel. Un vol sans effraction via keyless peut être contesté par les assurances automobiles. Certains assureurs exigent une preuve d’effraction visible pour valider l’indemnisation ; en l’absence de traces physiques, le refus de prise en charge est fréquent. D’autres assureurs acceptent le simple dépôt de plainte. Vérifiez impérativement les conditions de votre contrat avant d’être confronté à cette situation.
C’est cette double impunité des constructeurs et des voleurs qui a conduit à une réaction juridique. Le 30 juillet 2025, une action collective contre 13 fabricants automobiles a été autorisée par la Cour supérieure du Québec pour des failles de sécurité dans les clés intelligentes (Cour supérieure du Québec / Radio-Canada, 30 juillet 2025). La partie demanderesse suggère un montant forfaitaire de 1 500 dollars par client touché.
L’avocat pilotant ce recours, Éric Bouchard, a exprimé sa stupéfaction face à l’ampleur du problème : « De constater que c’était aussi facile de s’approprier illégalement un véhicule, de le voler avec des technologies proposées par les fabricants d’automobiles. » Il a ajouté : « C’est un jugement de qualité, très étoffé qui nous réjouit, parce qu’il nous permet d’espérer passer à l’étape suivante, qui va être l’action [collective] proprement dite » (Radio-Canada, 2024).
Ce recours québécois est un signal. Il a établi, pour la première fois dans un cadre judiciaire formellement autorisé, que la responsabilité des constructeurs peut être engagée sur cette faille spécifique. Ce n’est pas encore un jugement au fond l’affaire sera traitée dans les mois à venir mais c’est une reconnaissance que la question mérite d’être tranchée devant un tribunal.
3 solutions concrètes pour sécuriser votre voiture dès aujourd’hui
Les constructeurs n’ayant pas corrigé la faille, la protection repose sur vous. Trois approches existent, du plus simple au plus structuré.
Première solution : désactiver le système keyless. C’est la recommandation la plus directe des ingénieurs qui connaissent cette vulnérabilité. Sans signal émis en permanence, pas d’attaque par relais possible. Certains constructeurs permettent cette désactivation depuis les menus du véhicule. Le groupe Volkswagen, notamment, propose cette option sur plusieurs de ses modèles. Consultez le manuel de votre véhicule ou contactez votre concessionnaire pour vérifier si cette option est disponible.
Deuxième solution : bloquer le signal de votre clé. Les pochettes anti-RFID, vendues entre 5 et 20 euros, bloquent le signal émis par votre clé lorsqu’elle est rangée à l’intérieur. Aucun signal ne peut être capté, aucune attaque par relais ne peut être initiée. C’est une solution immédiate, peu coûteuse et efficace, à condition de l’utiliser exclusivement.
Troisième solution : choisir un véhicule équipé de la technologie Ultra-Wide Band (UWB). Cette technologie mesure précisément la distance réelle entre la clé et le véhicule. Si la clé est dans votre maison à 15 mètres, le véhicule le sait. L’attaque par relais devient inefficace, car le signal amplifié ne peut pas tromper la mesure de distance. C’est précisément pour cette raison que les véhicules équipés de l’UWB ont été exclus du recours collectif québécois : le juge Clément Samson a reconnu que cette technologie offre une protection structurellement différente (Jugement Samson / Radio-Canada, 30 juillet 2025). Lors de votre prochain achat, vérifiez si le modèle visé intègre l’UWB dans son système d’entrée sans clé.
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Conclusion
Cette faille n’est pas une fatalité technologique : elle est le résultat d’un choix des constructeurs de privilégier le confort à la sécurité, malgré 15 ans d’avertissements documentés. Les recours collectifs en cours montrent que la responsabilité commence à être établie juridiquement, mais cela ne protégera pas votre voiture cette nuit.
Votre clé est-elle dans une pochette anti-RFID ce soir ?
