Flambée prix carburant : ce coût caché sur le carburant finance désormais les aides à l’achat d’une voiture électrique demande à être supprimé
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Le plein de carburant finance désormais, sans que l’automobiliste le voie, une partie des aides à l’achat de voitures électriques. Ce mécanisme, les certificats d’économies d’énergie, rapporte entre 15 et 19 centimes sur chaque litre, et plusieurs responsables politiques demandent sa suppression.
Ils n’apparaissent ni sur les panneaux des stations-service, ni sur le ticket de caisse. Créés en 2005, les certificats d’économies d’énergie (CEE) obligent les fournisseurs d’énergie, dont les distributeurs de carburants, à financer les opérations de réduction des consommations. Le coût de ces obligations peut ensuite être répercuté dans leur prix de vente.
La nouvelle flambée des prix à la pompe a ramené ce dispositif méconnu au centre du débat. Une question le résumé : supprimer les CEE serait-il réellement baisser le litre de carburant, ou couperait-il d’abord le robinet qui finance le passage à l’électrique ?
Un coût caché de 15 à 19 centimes par litre
L’Ufip Énergies et Mobilités, qui représente l’industrie pétrolière, évaluait le 11 septembre le coût des CEE entre 13 et 16 centimes hors taxes par litre, soit 15 à 19 centimes en locataire compte de la TVA. Bruno Retailleau, président des Républicains, avance de son côté qu’une suppression permet de réduire le prix des carburants de 15 à 17 centimes par litre.
Ces montants demandent à être lus avec précaution. Il ne s’agit pas d’une taxe de 15 ou 19 centimes prélevée directement sur chaque litre, mais d’une estimation du coût supporté par les fournisseurs d’énergie et répercuté dans le prix. La Cour des comptes arrive pour 2023 à un chiffre nettement inférieur : 7,3 centimes TTC par litre de carburant.
Depuis, les obligations ont fortement augmenté. Pour la période 2026-2030, l’effort demandé aux vendeurs d’énergie progresse de 27 % par rapport à 2023-2025, pour atteindre 1 050 TWh « cumac » par an. Cette unité propre aux CEE comptabilise les économies d’énergie générées par les opérations financées sur toute leur durée de vie.
Pour mesurer ces 15 à 19 centimes, un ordre de grandeur aide. L’industrie pétrolière collecte déjà chaque année plus de 32 milliards d’euros pour le Trésor public, dont 24 milliards de TICPE et 8 milliards de TVA, selon l’Ufip Énergies et Mobilités. Les CEE s’ajoutent à une fiscalité déjà lourde sur le carburant.
Quand le plein finance les aides à la voiture électrique
Les CEE financent de nombreuses opérations de réduction des consommations, de la rénovation des logements aux programmes d’efficacité énergétique. Depuis le 1er juillet 2025, ils remplacent également le budget de l’État pour financer la principale aide accordée aux particuliers qui achètent une voiture électrique.
L’ancien bonus écologique a laissé place à la prime « coup de pouce véhicules particuliers électriques ». D’autres dispositifs concernant les utilitaires, les poids lourds et certaines bornes de recharge reposent également sur les CEE. La filière automobile en a fait son principal levier de financement de l’électrification.
Le leasing social, qui permet aux ménages modestes de louer une électrique pour moins de 200 € par mois, est lui aussi financé par les CEE depuis 2026. Ce soutien intervient au moment où la demande s’accélère : en septembre, les voitures 100 % électriques ont représenté près de 42 % des immatriculations françaises, contre 38 % en août et 35 % en juillet.
Sur les neuf premiers mois de 2026, l’électricité atteint 31,4 % des voitures neuves, avec 387 345 immatriculations. Ce record ne signifie pas que les aides sont devenues inutiles. AAA Data soulignait dès le mois d’août que la forte progression intervenait dans ce contexte de soutien public.
Supprimer les CEE ne garantit pas 17 centimes de moins
Une suppression brutale des CEE ferait-elle baisser immédiatement le litre de 15 à 17 centimes ? Rien ne permet de l’affirmer avec une telle précision. Le chiffre correspond à une estimation du coût actuel du dispositif, pas à un prélèvement fiscal fixe que l’État pourrait retrancher du prix affiché.
Les CEE ne fonctionnent pas comme une taxe. Leur coût est intégré par les distributeurs au prix du carburant, et rien ne garantit qu’une baisse de leurs charges serait répercutée intégralement et immédiatement à la pompe.
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Conclusion
La filière automobile met en garde contre une suppression sans filet. Dans un communiqué commun publié le 30 septembre, la PFA, Mobilians, l’Avere-France, Sesamlld et la CSIAM préviennent qu’une telle décision priverait les ménages et professionnels des aides utilisés pour financer leur passage à l’électrique. Une position qui défend évidemment les intérêts du secteur, mais qui rappelle que la facture ne s’arrête pas au prix affiché en station.
L’automobiliste paie donc son plein en finançant, sans le voir, une partie du passage à l’électrique. Ceux qui réclament la suppression des CEE répondront à une question : par quoi remplacer le financement des aides à la voiture électrique.
