Les petites voitures abordables ont disparu des catalogues européens, remplacées par des électriques à 20 000 euros minimum. L’annonce de Stellantis ce 25 mai 2026 est une réponse directe à ce vide, avec ce qui est confirmé, ce qui reste à prouver.
E-Car : la petite électrique à prix cassé que Stellantis prépare pour 2028
Le 25 mai 2026, Stellantis a officialisé par communiqué de presse le développement du projet E-Car. Ce n’est pas un concept de salon : c’est un engagement industriel daté et chiffré.
Le lancement commercial est prévu pour 2028. Le prix cible annoncé se situe entre 10 000 et 15 000 euros avant aides d’État. Pour un véhicule électrique neuf, ce positionnement n’existe pas sur le marché européen aujourd’hui.
La production sera assurée à Pomigliano d’Arco, près de Naples. Cette usine italienne est historiquement associée à la Fiat Panda. Stellantis y ancre délibérément son projet, pour des raisons industrielles autant que symboliques.
Le groupe compte décliner l’E-Car sous plusieurs de ses marques simultanément. Une plateforme unique, des volumes mutualisés, des coûts dilués. Fiat, Citroën et d’autres marques du groupe partageront la même base technique.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis depuis début 2025, a posé le cadre stratégique clairement :
« La E-Car est un concept profondément ancré dans l’ADN européen de Stellantis et s’appuie sur son succès historique dans le segment des petites voitures. Les clients souhaitent le retour de petits véhicules élégants, fièrement produits en Europe, à la fois abordables et respectueux de l’environnement. »
— Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, 25 mai 2026
Stellantis a produit la Fiat 500, la Citroën 2CV, la Peugeot 104. La légitimité sur ce segment existe. La question est de savoir si elle suffit à tenir une promesse tarifaire aussi ambitieuse.
Fiat et Citroën en première ligne : comment Stellantis décline son projet E-Car
Fiat et Citroën seront parmi les premières marques à proposer une déclinaison de l’E-Car. Des concepts des deux marques sont attendus au Mondial de l’Automobile de Paris en octobre 2026 — information non confirmée officiellement par Stellantis, mais cohérente avec la logique du groupe.
Pour Fiat, le positionnement est évident. L’E-Car succèderait à la Panda sur le site même de Pomigliano d’Arco. La Panda thermique a longtemps été la voiture d’entrée de gamme la plus vendue d’Europe. L’E-Car prendrait ce relais à l’ère électrique.
Pour Citroën, le projet comble un vide réel dans la gamme. Entre l’Ami, un quadricycle sans permis, et la ë-C3 à 19 990 euros, il n’existe rien. L’E-Car s’insérerait exactement dans cet espace, selon l’analyse d’Automobile Propre (mai 2026).
La stratégie multi-marques est la clé du modèle économique : une plateforme unique, des volumes mutualisés sur plusieurs centaines de milliers d’unités par an. C’est le même principe qui a permis au groupe de rentabiliser ses plateformes CMP et STLA.
Mais l’équation financière reste brutale. Bernard Jullien, maître de conférences à l’Université de Bordeaux et expert reconnu du secteur automobile, ne mâche pas ses mots :
« L’idée est visiblement de taper plus bas que les modèles actuels, avec un prix catalogue de 10 000 à 15 000 euros. Ce qui implique un prix de production de moitié si vous voulez pouvoir faire des remises. »
— Bernard Jullien, maître de conférences à l’Université de Bordeaux, Midi Libre, 19 mai 2026
Un prix de production de 5 000 à 7 500 euros pour une voiture électrique. C’est le défi industriel réel derrière l’annonce.
Pourquoi 2028 est le bon moment pour relancer les petites électriques abordables
Le timing de Stellantis s’appuie sur un contexte réglementaire européen transformé fin 2025. La Commission européenne a travaillé à des allègements réglementaires pour les petits véhicules électriques, réduisant les contraintes techniques et les coûts de conformité pour ce segment. C’est une fenêtre que Stellantis a visiblement anticipée.
Le segment A, les plus petites voitures du marché européen, avait presque disparu des catalogues. Les constructeurs l’ont abandonné, incapables de le rentabiliser avec les coûts de l’électrification. Ce vide est documenté par Bernard Jullien (Université de Bordeaux, mai 2026). Il représente aujourd’hui une opportunité de marché considérable.
Les concurrents directs donnent la mesure du défi. La Citroën ë-C3 démarre à 19 990 euros pour 200 km d’autonomie en cycle WLTP. La Renault Twingo électrique, lancée en 2025, s’affiche autour de 15 000 euros, bonus écologique déduit, pas en prix catalogue. L’E-Car vise à descendre sous ces seuils en prix affiché.
L’inspiration vient aussi du Japon. Les Kei cars, citadines ultra-compactes représentant plus de 30 % des ventes au Japon, prouvent qu’une voiture électrique abordable et rentable est industriellement possible. Stellantis s’en inspire explicitement, selon Bernard Jullien.
Antonio Filosa a fait de ce segment l’une de ses priorités pour redresser Stellantis, groupe en restructuration depuis 2025. L’E-Car n’est pas un projet périphérique : c’est un pari central sur l’avenir du groupe en Europe.
Le projet E-Car de Stellantis répond à un vide de marché que personne n’a su combler depuis des années. Si le groupe tient ses délais et son prix, 2028 marquera le retour des petites voitures abordables en Europe.
Deux ans d’attente pour une électrique à 10 000 euros, ou une ë-C3 à 19 990 euros dès maintenant : le calcul est personnel.

