Stellantis se lance dans la course aux petites voitures électriques à bas prix : ce qui pourrait changer en Europe

Stellantis se lance dans la course aux petites voitures électriques à bas prix : ce qui pourrait changer en Europe

Après des années de retard sur Renault, Stellantis riposte avec une stratégie radicale : produire des voitures électriques ultra-abordables dès 2028 dans son usine historique de Pomigliano d’Arco, en Italie. Ce projet redessine les positions entre constructeurs européens face aux Chinois, à condition que Stellantis tienne ses promesses industrielles.

Leapmotor T03
@Leapmotor : T03

Stellantis vise le prix plancher : 10 000 à 15 000 euros pour sa petite électrique

Le projet s’appelle officiellement e-CAR. Stellantis a annoncé sa production dès 2028 dans l’usine de Pomigliano d’Arco, près de Naples, le même site qui fabrique la Fiat Panda depuis des décennies.

La cible de prix est claire : entre 10 000 et 15 000 euros catalogue. C’est un positionnement sans précédent chez le groupe. Bernard Jullien, maître de conférence à l’Université de Bordeaux et expert du secteur automobile, précise : « L’idée est visiblement de taper plus bas que les modèles actuels, avec un prix catalogue de 10 000 à 15 000 euros. Ce qui implique un prix de production de moitié si vous voulez pouvoir faire des remises. »

Fiat Panda électrique
@Fiat : Panda électrique

L’e-CAR ne sera pas réservée à une seule enseigne. Stellantis prévoit de la décliner sur plusieurs de ses marques, Fiat, Peugeot, Citroën, Opel et d’autres pourraient en bénéficier. Amortir les coûts de développement sur des volumes plus importants : c’est l’un des avantages structurels du groupe.

Antonio Filosa, CEO de Stellantis depuis mars 2025, a présenté le projet ainsi : « La e-Car est un véhicule électrique, compact, innovant et abordable, développé dans la tradition européenne de la mobilité pour tous. Elle répond à la contraction sans précédent du segment des petites voitures abordables en Europe ces dernières années. »

L’usine de Pomigliano d’Arco ne s’arrête pas pour autant. La Fiat Panda thermique continuera d’y être produite jusqu’au moins 2030, en parallèle de la montée en puissance de la ligne électrique. Une transition progressive, pas une rupture brutale.

Renault en tête, Stellantis rattrape : l’inversion de positions entre les deux géants

Bernard Jullien est direct : « Distancé jusqu’ici par Renault, qui depuis 2024-2025 lance des voitures électriques plus abordables, comme la Twingo sortie en avril, Stellantis cherche à reprendre la main en tapant plus bas. »

Renault a lancé sa Twingo électrique en avril 2025, proposée autour de 15 000 euros après primes et rabais déduits. Développée en seulement deux ans, elle incarne une agilité industrielle que Stellantis n’a pas su montrer à temps.

Stellantis n’est pourtant pas sans arguments. La Citroën e-C3 s’affiche à partir de 13 000 euros environ avec prime maximale. La Fiat Panda électrique descend à 13 900 euros, remises et primes maximales déduites. Ces prix sont réels, mais ils dépendent de conditions d’éligibilité aux aides qui ne sont pas garanties pour tous les acheteurs.

Twingo électrique vue de face
@Renault : Twingo électrique vue de face

Le groupe joue aussi une carte intermédiaire avec Leapmotor. Sa T03, citadine électrique du constructeur chinois distribuée par Stellantis via leur partenariat, affiche 15 900 euros catalogue. En Italie, avec les primes élevées, elle descend sous les 5 000 euros. Un prix imbattable, mais une voiture chinoise, pas européenne.

C’est précisément là que John Elkann, président du conseil d’administration de Stellantis, a tracé une ligne en 2025. Il plaidait pour de petits modèles électriques bon marché inspirés des kei cars japonaises, ces citadines ultra-compactes et ultra-abordables qui dominent le marché nippon depuis cinquante ans.

Jullien résume la situation avec précision : « Il y a comme une inversion de positions entre Renault et Stellantis, qui reprend le discours des kei cars japonaises. » Stellantis, longtemps leader sur les petites voitures en Europe, court après son rival français. Et il a perdu des parts de marché en Europe depuis quatre ans, ce qui rend l’enjeu encore plus concret.

Le contexte réglementaire qui rend l’e-CAR stratégique pour Stellantis

L’annonce de l’e-CAR n’est pas qu’une réponse à Renault. Elle répond aussi à une pression réglementaire qui s’intensifie.

L’Union européenne impose aux constructeurs un pourcentage croissant de véhicules électriques dans leurs ventes annuelles, sous peine d’amendes substantielles. Pour Stellantis, qui a perdu du terrain sur l’électrique, chaque modèle abordable vendu compte double.

Le règlement CO2 européen prévoit des mécanismes favorisant les véhicules électriques abordables produits localement. Une e-CAR fabriquée à Pomigliano d’Arco pèse plus lourd dans les quotas réglementaires qu’une Leapmotor T03 assemblée en Chine, avantage compétitif direct, inscrit dans la réglementation.

Il y a deux ans, trouver une électrique à moins de 20 000 euros en Europe relevait de l’exception. En 2025, le nouveau seuil de référence du marché est à 15 000 euros. En trois ans, le plancher a chuté de 25 %. L’e-CAR à 10 000 euros catalogue, si elle se concrétise, représenterait une nouvelle rupture du même ordre.

Suzuki, le roi des kei-cars au Japon
@Suzuki, le roi des kei-cars au Japon

Bernard Jullien souligne l’importance du signal envoyé : « Il est intéressant de voir un constructeur s’engager fermement dans cette voie, ce que n’ont pas fait les autres. » La production locale en Italie n’est donc pas un détail symbolique. C’est un levier réglementaire, industriel et commercial à la fois.

Stellantis mise sur 2028 pour rattraper Renault et contrer les Chinois. Le vrai enjeu n’est pas le prix affiché : c’est de tenir la promesse d’une production rentable à 10 000-15 000 euros. Si le groupe réussit, l’électrique deviendra enfin accessible au-delà des early adopters. S’il échoue, ce sera un aveu que la démocratisation de l’électrique passe par les constructeurs chinois, et que Stellantis aura servi de distributeur à ses propres concurrents.

La question n’est pas de savoir si Stellantis peut produire une électrique à 10 000 euros : c’est de savoir si vous attendrez 2028 pour le vérifier, ou si la Renault Twingo ou la Leapmotor T03 vous auront convaincu avant.

Jacqueline